Interventions sur l'épave du Prestige

Le Nautile, "plombier" des abysses

Le naufrage

Le 13 novembre 2002, le pétrolier Prestige lance un message de détresse au large du cap Finistère (Espagne). Une large brèche dans la coque laisse échapper du fuel, il gîte sur tribord et n'est plus maître de sa manœuvre. La mer est grosse, l'équipage est hélitreuillé, puis le navire est pris en remorque. Le 19 novembre, pendant son remorquage, le pétrolier qui transporte 77 000 tonnes de fuel lourd se brise en deux et coule à 180 miles au large des côtes espagnoles en provoquant une des plus importante pollution que l'Europe ait connue.

La localisation de l'épave

Carte bathymétrique 3D

L'épave sombre en bordure du banc de Galice. La profondeur de l'océan dans cette zone dépasse les 3500 mètres. Le gouvernement espagnol fait appel à l'Ifremer et à ses moyens capables d'intervenir à cette profondeur. Le 2 décembre, le navire L'Atalante ayant à son bord le sous-marin Nautile, arrive sur zone après avoir embarqué à Vigo les experts espagnols.

La première action est d'effectuer un levé bathymétrique avec le sondeur multifaisceaux de L'Atalante. Il s'agit de dresser la carte des fonds marins que le Nautile va explorer. Deux échos attirent notre attention. Le premier se trouve à 3850m de profondeur sur une surface relativement plane, le second, 2 miles plus au nord, est situé à 3500m de profondeur dans la zone abrupte du tombant. Le Nautile est mis à la mer et, moins de deux semaines après le naufrage, le sous-marin localise la partie avant du Prestige.

L'examen

Dix plongées vont se succéder sur les parties avant et arrière du Prestige. Le 15 décembre, l'observation complète de l'épave est réalisée. La structure interne du navire a été visitée avec Robin, un robot déployé à partir du Nautile, capable de pénétrer dans l'épave par les brèches ouvertes dans la cassure. Les experts espagnols dressent un premier bilan : les deux parties de l'épave présentent d'importantes déformations provoquées par l'impact sur le fond mais ne sont pas disloquées, leurs structures semblent stables. Les cuves déformées laissent échapper le fuel. Les fuites sont repérées exclusivement sur le pont. Sur les vingt fuites répertoriées, deux sont dues à des fissures. Les autres sont provoquées par des organes d'accès aux cuves ou les multiples tuyauteries qui distribuent les gaz d'inertage. Nous avons mesuré la température du fuel qui s'échappe et le débit moyen des fuites. Les experts estiment le débit total des fuites à 125 tonnes par jour pendant cette période.

Le Nautile photographié par le Robin devant l'épave

Les interventions pour réduire les fuites

Retour de plongée

Ce premier bilan et la démonstration de la capacité d'action du Nautile conduisent le gouvernement espagnol à demander une prolongation de notre mission avec pour nouvel objectif la réduction des fuites. Les conditions météorologiques sont difficiles en hiver sur le banc de Galice, il faudra deux mois et 26 plongées du Nautile pour boucher, colmater, fermer vannes et clapets avec des outils conçus à partir des observations réalisées lors de la première exploration de l'épave. Les outils sont fabriqués en Espagne et en France, puis adaptés sur L'Atalante. Les équipes opérationnelles sont confrontées directement à la pollution du Prestige. Le sous-marin travaille au contact des fuites et remonte maculé de fuel. Un nettoyage complet du Nautile est nécessaire après chaque plongée. Enfin, le 15 février, les efforts de tous sont récompensés, le débit des fuites est estimé maintenant à moins de 2 tonnes par jour.

La suite

Nous reviendrons visiter le Prestige à la fin du mois de mai 2003 pour contrôler le bon état des obturations et sécuriser l'épave. Des ROVs industriels vont maintenant prendre le relais pour neutraliser définitivement la cargaison du pétrolier qui retient encore dans ses cuves plusieurs milliers de tonnes de fuel lourd.

Extrait du Livre d'Or de l'Atalante