Impacts des facteurs environnementaux et des pratiques conchylicoles sur l'écosystème de la baie du Mont Saint-Michel et la production conchylicole (IPRAC). Etudes de scenarii par modélisation.

Le principal objectif de ce projet est de fournir des éléments d’appréciation qualitatifs et quantitatifs sur l’évolution de la ressource trophique planctonique et des peuplements qui en dépendent, sous différentes hypothèses de modification des forçages environnementaux et anthropiques. Pour réaliser ce projet, nous exploitons de manière prospective, les modèles numériques qui ont été développés dans le cadre du chantier PNEC « Baie du Mont Saint Michel » : modèle hydrodynamique et de transport sédimentaire (SiAM), modèle de production primaire, modèle de croissance des filtreurs cultivés (huîtres, moules).

Le projet s’appuie sur des interactions entre scientifiques, gestionnaires et usagers sous forme de rencontres. Les acteurs/partenaires ayant participés à ces réunions sont :

  • Les professionnels : représentants des conchyliculteurs et des pêcheurs (Syndicats conchylicoles, Comités locaux de pêche) ;
  • Les amateurs : pêcheurs à pied de loisir ;
  • Les associations environnementales (collectif VIGIBAIE regroupant 14 associations) ;
  • Les institutionnels : Agence de l'eau, DDAM, DIREN et Conservatoire du Littoral, les élus.

L’objectif d’une telle démarche consiste d’abord à faire émerger, par le biais d’échanges, l’expression des besoins de connaissance des acteurs à partir desquels le groupe scientifique peut construire des scénarii pouvant être explorés grâce à l’outil de modélisation.

Une trentaine de scénarii ont été identifiés et retenus, tous groupes d’acteurs confondus. Ils peuvent être découpés en trois catégories :

  • les bassins versants et notamment la question des réductions d’apports azotés dont les objectifs sont fixés par les SAGE. Peuvent ils avoir un impact sur la production biologique et par voie de conséquence sur les populations de filtreurs sauvages ou cultivés de la baie ?
  • la conchyliculture. Quels seraient les impacts de modifications de densités en élevage et/ou de nouvelles implantations ?
  • les espèces invasives et particulièrement la crépidule qui colonise massivement les fonds de la baie avec un stock estimé aujourd’hui à 180000 T. Elle est perçue négativement par tous les acteurs et représente à la fois un problème de compétition trophique et de compétition pour l’espace.

Les scénarii ont été réalisés et les principaux résultats ont été présentés aux différents groupes d'acteurs. Parmi l'ensemble des scénarii étudiés, ceux concernant la prolifération de la crépidule apparaissent comme ayant potentiellement le plus d'impact en terme de compétition trophique. Les projections à 10 ans pour différentes hypothèses de prolifération montrent notamment des pertes de performance de croissance pour les espèces cultivées pouvant dépasser 15% selon les secteurs (voir figure). Par contre, les objectifs affichés de réductions d'apports azotés par les bassins versants (en moyenne de 30%) ne semblent avoir qu'un impact modéré sur la production planctonique et sur la croissance des filtreurs. Enfin, les scenarii explorant différentes hypothèses de modification des densités d'élevage des espèces cultivées (notamment les réductions de densité) montrent un impact conséquent sur la disponibilité en nourriture et donc sur la croissance des filtreurs. Ainsi, il semble exister ici un levier de contrôle potentiel de la capacité trophique de la baie permettant, dans une certaine mesure, de compenser l'effet négatif dû à la prolifération de la crépidule qui semble aujourd'hui inéluctable.

* L'illustration montre le pourcentage de perte sur le poids final à l’issue d’un an de croissance des huîtres et des moules calculé par le modèle dans la perspective où la population de crépidules continue son développement au rythme actuel et atteint le stock de 250000 T dans 10 ans (A), ou dans la perspective où une récolte des crépidules est entreprise à raison de 20T/j sur la même période, limitant ainsi le stock à 10 ans à 210000T (B)