Impacts des facteurs environnementaux et des PRAtiques Conchylicoles (IPRAC) sur l'écosystème de la baie du Mont Saint-Michel et la production conchylicole. Etude de scenarii par modélisation.

Le principal objectif de ce projet est de fournir des éléments d’appréciation qualitatifs et quantitatifs sur l’évolution de la ressource trophique planctonique et des peuplements qui en dépendent, sous différentes hypothèses de modification des forçages environnementaux et anthropiques. Pour réaliser ce projet, nous exploitons de manière prospective, les modèles numériques qui ont été développés dans le cadre du chantier PNEC « Baie du Mont Saint-Michel » : modèle hydrodynamique et de transport sédimentaire (SiAM), modèle de production primaire, modèle de croissance des filtreurs cultivés (huîtres, moules).

Dans le cadre de la démarche de GIZC entreprise en baie du Mont Saint-Michel et pilotée par l’association Interdépartementale Manche - Ille-et-Vilaine, de nombreuses rencontres entre les différents acteurs de la baie (scientifiques, professionnels, décideurs,…) ont été organisées et ont montré que certaines questions qui se posent relèvent particulièrement de l’utilisation et du partage de la ressource trophique planctonique de la baie maritime, révélant ainsi les craintes voire les conflits qui existent. Ainsi, le principal objectif du projet est de fournir des éléments d’appréciation qualitatifs et quantitatifs sur l’évolution de la ressource trophique planctonique et des peuplements qui en dépendent, sous différentes hypothèses de modification des forçages environnementaux et anthropiques. Pour réaliser ce projet, nous exploitons de manière prospective, les modèles numériques qui ont été développés dans le cadre du chantier PNEC « Baie du Mont Saint-Michel ». Résolument scientifique dans la réalisation technique, la méthode consiste cependant à interagir avec des décideurs, des usagers et des gestionnaires de la baie pour identifier les principales questions qui se posent autour du partage de la ressource trophique de la baie, auxquelles la modélisation permettrait d’apporter des réponses ou des nouveaux éléments à intégrer pour une gestion durable de cet espace aussi convoité. L’objectif est à terme de fournir des indicateurs permettant de quantifier les évolutions de la ressource trophique et les risques associés et ainsi faciliter la discussion entre les acteurs et, par la suite, la prise de décisions. Dans le but de faire émerger ces scénarii, la première année du projet (2008) a principalement consisté à rencontrer les différents groupes d’acteurs de la baie afin de les informer sur le projet, les faire réagir et susciter de leur part des idées ou des questionnements à explorer grâce à l’outil de modélisation. En fonction des discussions avec les différents groupes d’acteurs, 3 grandes catégories de scénarii sont ressorties :

  • Le lien terre-mer au travers des apports des bassins versants : Les 3 principaux apports en baie du Mont Saint-Michel sont la Sée et la Sélune sur la côte normande et le Couesnon sur la côte bretonne. Les éléments nutritifs, notamment nitrates mais aussi phosphates et silicates, amenés par ces rivières vont jouer un rôle important en stimulant la production planctonique en baie. Ainsi toute modification de ces apports pourra avoir un impact sur la disponibilité de la ressource trophique primaire en baie et donc sur les peuplements qui en dépendent.
  • La problématique des espèces invasives en baie du Mont et notamment le rôle de la crépidule : La crépidule est fortement représentée en baie (entre 150000 et 200000 tonnes) et les études récentes ont montré que son expansion est extrêmement forte (50% d’augmentation en 8 ans). Outre que par son expansion, elle pose un problème pour l’occupation de l’espace qui n’est alors plus disponible pour des espèces autochtones, c’est également un filtreur qui entre en compétition pour la ressource trophique avec les autres filtreurs de la baie, sauvages ou cultivés. Il est apparu lors des diverses réunions que les différents acteurs avaient conscience de la présence de la crépidule en baie et percevaient son impact de manière négative. Nous avons donc imaginé des scénarii afin d’étudier des évolutions du stock de crépidule (en positif ou négatif) et la résultante en terme de compétition pour la ressource.
  • L’exploitation de la baie par la conchyliculture : La conchyliculture, activité incontournable de la baie, est directement concernée par la disponibilité et le partage de la ressource trophique. Toute modification de cette ressource pourra directement impacter cette activité avec de potentielles retombées économiques (qu’elles soient positives ou négatives). De même, toute modification des pratiques conchylicoles pourra se répercuter sur la ressource trophique. Cette activité anthropique est parfaitement adaptée à la réalisation de scénarii reposant sur des évolutions de pratiques culturales comme des modifications de stocks et/ou des variations de surfaces de zones de cultures.

En plus des scenarii catégoriels précédents, des scenarii croisés ont été proposés pour faire évoluer simultanément plusieurs paramètres (apports des bassins versants, espèces invasives, conchyliculture) selon deux approches :

  • des évolutions les plus probables à l’échéance de 5 ou 10 ans sur la base des connaissances actuelles scientifiques et réglementaires,
  • des évolutions « extrêmes », permettant d’explorer les capacités de l’écosystème, soit qui favorisent la ressource trophique, soit au contraire qui accroissent au maximum les pressions sur cette dernière.