Biodiversité des petits fonds par prospection acoustique

L'Ifremer s'est doté en 2008 d'une embarcation océanographique transportable, "Haliotis", équipée de capteurs acoustiques pour l'étude des petits fonds marins côtiers. Dans ce contexte, le laboratoire DYNECO/Ecologie Benthique, avec le soutien de la Fondation d'entreprise Total pour la biodiversité et la mer, a entrepris une action visant à développer les capacités de la vedette "Haliotis" à cartographier les habitats côtiers remarquables du point de vue de leur biodiversité et de leur intérêt patrimonial (bancs de maërl, herbiers de zostères et de posidonies...).

Les besoins d'inventaires et de suivis des habitats benthiques côtiers, en particulier de leur biodiversité, de même que la nécessité de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes benthiques soumis à de fortes pressions anthropiques dans la frange côtière, conduisent depuis plusieurs années à mettre en place des actions à différentes échelles d'observation spatiales et temporelles sur l’ensemble des façades littorales métropolitaines. Du fait de la très grande hétérogénéité des fonds, la réalisation de cartes d’habitats en zone côtière nécessite d’associer des données biologiques et des paramètres abiotiques qui sont principalement la nature du substrat et la bathymétrie. L’imagerie, acoustique et vidéo, constitue l’élément essentiel pour la délimitation fine des entités, en complément de prélèvements ponctuels. Cependant, la reconnaissance des petits fonds, dans la frange bathymétrique de 0 à 15 m, était jusqu’à maintenant difficilement accessible avec les moyens habituels de prospection. Les programmes de cartographie menés jusqu’à présent en domaine marin côtier sont restés confrontés au manque d’outils permettant de faire le lien, à qualité de données égale, entre l’estran et la zone du large accessible avec les navires océanographiques côtiers. L’année 2008 aura été marquée par la mise en service de la vedette océanographique Haliotis, transportable par la route, dédiée à l’étude du compartiment géo-morphologique des petits fonds (0 à 20 m de profondeur). Haliotis concentre à son bord un large éventail de capteurs acoustiques permettant à la fois de fournir des informations, soit verticalement sur la structure interne et superficielle du fond marin (épaisseur de sédiment, stratification, rugosité, etc…), soit latéralement, sur la morphologie et les types de faciès à la surface du fond (figures sédimentaires, etc…), ou encore dans la colonne d’eau en dessous de l’embarcation (densité du couvert végétal). Avec le co-financement de la Fondation Total pour la biodiversité et la mer, le laboratoire Ecologie Benthique a entrepris de tester cette nouvelle plate-forme d'acquisition sur une diversité d'habitats, en particulier sur les habitats remarquables et sensibles abritant une forte biodiversité. Ainsi, en 2008, plusieurs campagnes d’acquisition on été menées sur le littoral breton (archipel de Bréhat, anse de Camaret-sur-mer et rade de Brest) ainsi que sur la côte méditerranéenne (littoral du Var). En outre, les chaînes de traitements à mettre en œuvre dans la gestion des données ont du être adaptées. V/O Haliotis et ses capteurs embarqués se révèlent parfaitement appropriés à l’étude des habitats marins côtiers, soit pour décrire avec précision la nature et la distribution des substrats, soit pour cartographier directement les limites de certains peuplements sensibles comme les herbiers de phanérogames, les grandes algues, le maërl ou autres constructions biogènes. L’étude de site réalisé dans l’anse de Camaret-sur-mer en est un bon exemple. Ainsi, la précision de positionnement et la résolution des capteurs de la vedette ouvrent de nouvelles voies de reconnaissance exhaustive des habitats marins côtiers et une meilleure compréhension de leur fonctionnement. Les résultats obtenus en imagerie acoustique sont pleinement satisfaisants, et permettent de distinguer de nombreux faciès bio-sédimentaires. La surface couverte est en moyenne de 0,425 km²/h pour des fonds de 10 à 15 m. La résolution décimétrique obtenue et la multiplication des signatures, nécessitent en corollaire une stratégie efficace et coordonnée de validation par des observations et mesures de terrain. Les données bathymétriques sont de très bonne qualité et permettent de distinguer finement les moindres détails dans la morphologie des fonds (structures des affleurements rocheux, sillons d’érosions, mégarides…). Les données de RoxAnn sont de qualité, et celles du sondeur de sédiment sont bonnes, mais se dégradent rapidement avec l’état de la mer. A l'issue de ces premières campagnes, il s’avère qu'il est possible de gérer en temps réel le flux d'informations provenant des divers capteurs et de traiter journellement (au moins grossièrement) les multiples données. Ces travaux ont confirmé la bonne complémentarité avec les données acquises plus au large par les navires océanographiques côtiers.