Actions du labo

Principales actions du laboratoire relatives à la crépidule

Divers travaux ont été entrepris par le laboratoire sur la crépidule, dans des contextes différents, le plus souvent en partenariat :

 Projet LITEAU  

Synthèse des résultats 

Les travaux sur la crépidule, entrepris dans le cadre du programme national Liteau du Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (2000-2002), ont associé quatre partenaires (IUEM-Brest, IFREMER-Brest, CREMA-l'Houmeau et LOB-Arcachon).

Ce projet, à finalité de gestion, visait à :

  • estimer les facteurs favorables à la prolifération
  • étudier les paramètres de dynamique de populations et développer un modèle spatialisé de cette dynamique
  • évaluer les effets de la prolifération sur le milieu
  • identifier les interactions entre la crépidule et les mollusques filtreurs exploités

Dans le cadre de ce projet, le laboratoire Ecologie Benthique (coordinateur) a été principalement concerné par les trois premiers objectifs et a apporté une compétence spécifique dans le domaine de la modélisation (Blanchard et al., 2001 ; Hamon et al., 2002).

Les études ont été menées sur quatre sites du littoral de la Manche et de l'Atlantique :

  • baie de Saint-Brieuc (chantier IFREMER)
  • rade de Brest (chantier IUEM), où dominent les activités halieutiques (pêche aux pectinidés notamment)
  • bassin d'Arcachon (chantier LOB)
  • baie de Marennes-Oléron (chantier CREMA), à vocation conchylicole

    Sites 

    Dates de signalisation 

    Surface de la zone subtidale  

    (% occupé par  

     C. fornicata) 

    Stocks de C. fornicata  

    (poids frais en tonne) 

    Bassin d’Arcachon 

    1969
    (Bachelet et al., 1980)

    44 km2 (5 %)

    155
    (de Montaudouin et al.,2002)

    Baie de Marennes-Oléron 

    1969
    (Lubet et Le Gall, 1972)

    60 km2 (13 %)

    5 000
    (Sauriau et al., 1998)

    Rade de Brest 

    1949
    (Cole, 1952)

    150 km2 (61 %)

    18 500
    (Chauvaud, 1998)

    Baie de Saint-Brieuc 

    1974
    (Dupouy et Latrouite, 1979)

    800 km2 (25 %)

    250 000
    (Hamon et Blanchard, 1994)

 

Évolution de la prolifération de la crépidule dans le secteur occidental de la baie de Saint-Brieuc

Les différences de conditions d'environnement entre les 4 sites ne sont pas de nature à expliquer de telles disparités de biomasses. Ces différences s'analysent mieux lorsque l'on considère les activités anthropiques.

La Baie de Saint-Brieuc est en effet soumise à une intense activité de dragages et de chalutages benthiques qui génèrent :

  • la dispersion des chaînes de crépidules (déplacées par les engins sur le fond ou rejetées à la mer après un tri à bord),
  • la production de supports pour les larves de crépidules
  • la formation de sillons plus ou moins profonds et durables qui constituent autant de "pièges" et d'abris pour les chaînes de crépidules déplacées sur le fond

A l'opposé, dans le bassin d'Arcachon, où la réglementation en vigueur interdit l'utilisation des engins traînants, le stock semble se maintenir à un niveau très faible. Dans la baie de Marennes-Oléron, pourtant soumise à des activités de dragages, le stock se maintient à un niveau stable, mais des campagnes régulières permettent de récolter 1000 à 1500 tonnes annuellement, depuis 1980, de manière à limiter l'expansion de la crépidule dans les secteurs les plus productifs en huîtres. Les raisons de l'accélération récente du processus de prolifération dans la rade de Brest ne sont pas clairement identifiées, mais il convient de souligner le développement concomitant de l'activité de pêche à la coquille Saint-Jacques.

  La synthèse des résultats de ces travaux a été présentée lors d'un séminaire organisé par le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable (MEDD) en Janvier 2003, avec les principales conclusions suivantes :

  • la conchyliculture a largement participé à essaimer la crépidule sur le littoral Manche-Atlantique (plus récemment en Méditerranée), et désormais les activités de pêche aux engins traînants contribuent fortement à favoriser localement sa dispersion.
  • la crépidule est durablement installée dans les secteurs abrités de la frange littorale et son champ de progression est encore étendu.
  • c'est une espèce structurante ; elle envase les fonds (production de biodépôts) et modifie la biodiversité benthique (raréfaction de l'endofaune et enrichissement de l'épifaune sessile et vagile). La conséquence la plus remarquable, mais aussi la plus préoccupante, est la tendance à la banalisation de la composition biologique des fonds qu'elle colonise.
  • elle exerce, selon les niveaux de densités, une compétition spatiale plus ou moins importante avec des espèces de mollusques benthiques exploités mais elle ne paraît pas entrer en compétition trophique directe avec ces espèces.
  • il semble illusoire de vouloir l'éradiquer ; néanmoins des mesures de lutte peuvent être envisagées pour limiter sa prolifération où tenter de reconquérir des espaces colonisés, mais elles doivent être envisagées au cas par cas et être scientifiquement encadrées.