Présentation

Le laboratoire Ressources Halieutiques de Boulogne-sur-Mer a été chargé en 2007 par le Président de l’IFREMER de développer un chantier sur l’approche systémique sur l’espace maritime Manche.

Zone d'étude du Chantier Manche mer du Nord

Contexte

Objectifs

Contexte

L'éco-région Manche est une des zones où le trafic maritime est le plus intense du monde ; elle représente aussi une zone économique importante utilisée pour de nombreuses activités : tourisme et loisirs, ports internationaux et fret, exploitation de ressources vivantes ou non. Elle constitue une voie de passage obligée d’une partie des masses d’eaux entre l'Atlantique et la Mer du Nord : la configuration (bathymétrie, trait de côte,…) de la Manche contribue à la création de structures particulières (fronts, gyres,…) qui vont contrôler l’advection, la dispersion des organismes, des polluants,… Elle est aussi un secteur très riche pour la pêche professionnelle car on y trouve de nombreuses espèces commerciales, des zones de nourriceries et de frayères, des voies de migration, liées à des conditions environnementales caractéristiques.

La Manche et le sud de la Mer du Nord (zones CIEM IVc et VIId,e) sont des mers depuis longtemps fortement anthropisées (pêche, tourisme et activités de loisirs, extraction de granulats marins, circulation maritime, zones portuaires de premier plan, zones estuariennes dégradées, projets d’éoliennes off-shore constituent une liste non exhaustive), présentant des enjeux économiques considérables et soumises à une multiplicité d'utilisateurs ayant des intérêts fréquemment antagonistes. Malgré ces pressions, les ressources naturelles (halieutiques, conchylicoles mais également minérales) de ces zones suscitent bien des convoitises, au niveau national comme européen.

La demande sociétale, institutionnelle (UE, état et collectivités territoriales) mais également société civile (pêcheurs, industriels, ONG…), concernant l’analyse des réponses de l'écosystème et de ses ressources aux différents types de contraintes, dont le changement climatique global, a évolué et ne cesse de croître. Les questions posées concernent de plus en plus les interactions entre différentes espèces, entre stratégies d’exploitation et espèces exploitées, entre dégradation du milieu et écosystème, entre activités humaines conflictuelles, et les réponses attendues doivent intégrer l’ensemble de ces situations. Il est à noter également que la constitution des RAC (Regional Advisory Council) à l’échelle européenne, et plus particulièrement du sous-RAC "Manche", prévoit d’associer l’ensemble des usagers, scientifiques et institutions dans l’analyse des scénarios de gestion, pour une exploitation durable des ressources marines vivantes.

La fragilité de cet écosystème, soumis à de fortes pressions anthropiques, impose d'améliorer la connaissance de cette zone maritime. En effet, il est essentiel que la France et les autres pays riverains aient une vision commune de la protection de la qualité de cet écosystème et mettent en place et développent des outils d'aide à la réflexion et à la gestion des activités humaines pesant sur cette éco-région pour une exploitation durable de ses ressources.

L’écosystème Manche a été et est étudié par de nombreuses équipes de recherche. Certains projets développés dans le cadre de programmes européens ont permis une première approche pluridisciplinaire sur les ressources marines vivantes en intégrant les travaux effectués depuis une trentaine d’années et en ayant une approche novatrice en modélisation spatiale des écosystèmes. Dans ce contexte, de nombreux travaux scientifiques sont actuellement engagés en Manche et dans le sud de la Mer du Nord.

Dans cette éco-région, des systèmes d’intégrations et de synthèses de ces connaissances sur les écosystèmes et de développement de nouvelles recherches sont indispensables pour la mise en œuvre d’une démarche écosystémique de la gestion des ressources marines et l’amélioration de la qualité des conseils de gestion et de planification délivrés à l'autorité publique.

Objectifs

Le Chantier Manche a pour vocation d’élargir le champ des investigations à l’échelle du bassin de la Manche et d’appréhender de manière plus globale les caractéristiques et le fonctionnement des habitats et des ressources vivantes qu’ils hébergent. Le but est de mettre en place une approche écosystémique de la gestion des ressources marines au sens large (vivantes mais également minérales et énergétiques), et de mieux adapter la pression des nombreux usages aux capacités de production des différents milieux.

Cette ambition nécessite une coordination des efforts et des compétences, non seulement des acteurs scientifiques mais aussi des acteurs institutionnels et politiques pour répondre aux besoins et attentes de la nouvelle stratégie maritime européenne. L’intérêt trans-régional du chantier consiste également à harmoniser les informations, la réglementation et les habitudes en matière de gestion de l’environnement dans l’euro-région concernée.

Les objectifs finalisés du projet portent principalement sur :

  • le développement collectif de nos capacités de recherche pour parvenir à une compréhension multidisciplinaire du fonctionnement des différents écosystèmes marins et côtiers soumis à une forte anthropisation ;
  • la contribution à la mise en place d’une exploitation durable des différents milieux, en définissant des outils d’aides à la gestion permettant d’adapter les pressions aux capacités de flexibilité des écosystèmes et de la filière halieutique ;
  • le transfert et la valorisation des acquis pour renforcer la gestion partenariale des ressources renouvelables et apporter des éléments d’aide à la décision publique pour résoudre les conflits d’usages ;
  • la mise à disposition des gestionnaires d’indicateurs et de tableaux de bord permettant de caractériser les états actuels, de mesurer l’impact de diverses pressions anthropiques sur les écosystèmes et d’évaluer l’efficacité des mesures de gestion.

Le projet multi-disciplinaire est construit autour de 4 axes de recherche :

  • Axe 1. Approche descriptive : identification des facteurs écologiques structurant la distribution des ressources marines vivantes et définissant leurs habitats (environnement, biotopes, assemblages faunistiques, communautés, biocénose, cycle de vie des espèces et habitats associés).
  • Axe 2. Approche fonctionnelle : compréhension du fonctionnement du réseau trophique (relations trophiques de la production primaire, dont le phytoplancton toxique, aux prédateurs supérieurs ; mécanistique des relations proie-prédateur ; dynamique spatio-temporelle du réseau trophique ; sensibilité aux perturbations et résilience de la dynamique du réseau trophique et conséquences pour les ressources vivantes exploitées);
  • Axe 3. Etude d’impact : identification et quantification des impacts anthropiques sur les habitats et le réseau trophique (pêche, extraction de granulats marins, éoliennes off-shores, contaminants, etc.) ;
  • Axe 4. Approche appliquée intégrée : définition de nouvelles stratégies de gestion pour exploiter les ressources naturelles dans des conditions durables et respectueuses de l’environnement marin et de la biodiversité.

L’organisation et le développement du Chantier reposent sur la labellisation de projets selon les thématiques de recherche développées. Cette labellisation permet à chaque organisme pilote d’un projet de garder toute indépendance concernant son management mais profite cependant de l’animation du Chantier par IFREMER qui initie et développe les collaborations et passerelles entre les scientifiques et organismes impliqués dans ces projets.

Cette synergie permet de développer d’autres projets complémentaires et d’être force de référence dans la recherche de financements sur l’espace Manche. Ces projets sont aussi présentés lors des journées « Chantier Manche » organisées par le laboratoire, invitant les politiques, décideurs, gestionnaires, organismes statutaires, comme lors du colloque fondateur organisé à Rouen fin mars 2010 (voir présentations sur le site).