Usages et impacts anthropiques : enjeux socio-économiques

Caractérisation des principaux usages et impacts : caractérisation des impacts anthropiques

La Manche est un espace particulier, assurant la jonction entre deux grandes entités géographiques que sont : l’Atlantique à l’ouest, et la Mer du Nord au nord-est. De ce fait, elle est au premier chef le lieu de passage quasi obligé pour les navires transitant entre ces deux entités : les navires marchands se dirigeant vers les grands ports du nord (Rotterdam par exemple), avec des flux régulés par les zones de séparation de trafic (sens montant et descendant). Les liaisons entre le continent et la Grande Bretagne génèrent également un flux très important de navires de transport de passagers et fret entre les principaux ports anglais et français, et pas uniquement au niveau du détroit du Pas-de-Calais. Pour les mêmes raisons, de nombreux câbles de communication (et de transport d’énergie), voire aussi de transport de gaz, y sont installés, aussi bien dans les sens est-ouest que nord-sud.

Du point de vue environnementale, la Manche constitue une voie de passage obligée d’une partie des masses d’eaux Atlantique. La configuration (bathymétrie, trait de côte,…) de la Manche va alors contribuer à la création de structures particulières (fronts, gyres,…) qui vont contrôler l’advection, la dispersion des organismes, des polluants,…Le détroit du Pas-de-Calais correspond approximativement à la limite septentrionale de la Manche qui s’ouvre alors en baie sud de la Mer du Nord. Cette zone de transition entre deux écosystèmes différents revêt alors un caractère stratégique dans le contexte des transferts de masses d’eaux et de ces constituants inertes ou vivants qu’elles contiennent. Le littoral, ici comme ailleurs, attire de plus en plus de flux migratoire de populations, et est également le réceptacle de bassins versants fortement peuplés et donc générateurs de pollutions diverses (exemple de la Seine et de son bassin amont).

Mais la Manche recèle également ses propres ressources, vivantes ou non, qui attirent divers exploitants. Citons tout d'abord pour des raisons historiques la pêche puisque ce secteur géographique est riche en ressources halieutiques diverses, sédentaires ou non, qui intéressent plusieurs flottilles d’Etats membres (France, Grande Bretagne, Belgique et Pays-Bas, Allemagne). D'autre part, de nombreuses ressources minérales y ont été également répertoriées (sables et graviers) ; si elles sont déjà en partie exploitées, elles sont l’objet d’une demande de plus en plus forte et insistante de part et d’autre de la Manche. La conchyliculture y est aussi une activité importante dans certaines zones.

Certaines caractéristiques physiques et climatiques (régimes de marées et de vents, faibles profondeurs et présence de fonds sableux) en font également un secteur très intéressant potentiellement pour l’installation d’aménagements liés à l’utilisation de ces énergies naturelles et renouvelables pour la production d’électricité par exemple. Ces usages sont pour nombre d’entre eux concurrents, notamment pour l’accès à l’espace (dans les trois dimensions et dans le temps). Chacun d’entre eux génère d’autre part ses propres interactions (et donc ses risques) avec le milieu, vivant ou non.

Certains de ces usages sont en forte progression et dépassent largement les enjeux locaux ou régionaux (l’approvisionnement en ressources minérales ou énergétiques relève des politiques nationales des états riverains, et non pas des seuls intérêts d’entreprises privées). De nos jours, ces conflits dépassent le simple cadre d’intérêts sectoriels puisque la prise de conscience des risques potentiels engendrés par ces activités diverses se fait non seulement au niveau catégoriel, mais aussi aux niveaux administratif et décisionnel, ainsi que sociétal.

En effet, ces questions deviennent de plus en plus cruciales pour les décideurs publics, qui sont désormais confrontés à des conflits d’usage ouverts, de plus en plus nombreux et forts, d’autant plus difficiles à régler qu’il n’y a pas pour le moment de politique française de gestion globale et de partage de l’espace « Manche ». Bien qu'il existe des bases juridiques et que quelques initiatives dans ce sens sont en cours, le Chantier Manche est l’occasion d’apporter quelques réponses facilitant la prise de décision basée sur davantage de savoirs.

Les questions qui se posent sont nombreuses et complexes : 

  • Comment développer la gestion spatialisée des usages dans le contexte d’accès historique d’utilisation de l’espace par les transports et la pêche et de la pression croissante de nouveaux usagers qui entrent en compétition directe pour accès à l’espace et aux ressources ?
  • Comment concilier les enjeux nationaux d’approvisionnement en matière première et production d’énergie avec la gestion écosystémique des pêches ?
  • Comment répondre aux questions sociétales concernant la nature, l’intensité et l’impact de ces pollutions en milieu marin et en particulier sur les ressources halieutiques ?
  • Quels moyens pour réduire l’impact de ces pollutions et de la pêche sur l’écosystème marin ?

Contact: Alain LEFEBVRE et Jean-Paul DELPECH, Ifremer Boulogne-sur-Mer.