Habitats

Facteurs structurant la distribution des ressources halieutiques

Cet axe de recherche fédère les actions de recherche dont l’objectif est de décrire et de comprendre les mécanismes qui contrôlent les distributions des ressources dans l’espace et dans le temps. On s’attachera à l’étude des contrôles physiques (ex : structure sédimentaire, température, courants) et biotiques (faune et flore benthique, phyto- et zoo-plancton, interactions interspécifiques, grands prédateurs).

 A. Contexte Physique et Hydrodynamique de la Manche 

La Manche est une mer épicontinentale peu profonde qui se caractérise par un trait de côte diversifié (estrans sableux ou rocheux, plages de sables ou de galets entrecoupées de baies, rias ou estuaires abritant des marais littoraux, des vasières ou autres pré-salés). Elle est sous forte influence Atlantique à l'ouest. Les conditions marégraphiques et hydrodynamiques y sont particulières (l'amplitude moyenne des marées de vives eaux de 5 à 12 m avec des vitesses de courants de marée très variables). L’étude des courants résiduels de marée permet de mettre en évidence des zones de rétention, de dispersion et d’advection très marquées.

La tension exercée au fond par les courants de marée instantanés détermine une succession sédimentaire conduisant des fonds caillouteux des zones de très forts courants, jusqu'aux sédiments fins enclavés dans les baies et les estuaires. Bien que la progression générale des eaux de l'Atlantique vers la Mer du Nord soit déterminée majoritairement en Manche par la marée, le régime des vents n'est pas à négliger. Ainsi, des vents d'est soufflant pendant plusieurs jours peuvent entraîner une inversion du sens de la circulation générale.

En été, à l'entrée de la Manche, la mise en place d’une thermocline sépare les eaux stratifiées à l'ouest des eaux brassées à l'est dans lesquelles se déversent, le long d'un "fleuve côtier" au nord de l'estuaire Seine, les apports d'eaux douces des rivières. Il en résulte un gradient thermique marqué entre les eaux occidentales, sous influence Atlantique, et les eaux orientales, sous influence continentale. Le réchauffement thermique de la Manche traduit régionalement le signal de réchauffement observé sur l’ensemble de l’Atlantique Nord-est durant les dernières décennies.

 B. Mécanismes structurant la distribution des ressources halieutiques 

Les facteurs qui contrôlent la distribution des ressources peuvent agir au niveau de l’individu, de la population, de la communauté ou de l’ensemble de l’écosystème. Au niveau individuel, on notera en particulier les mécanismes liés à la physiologie (ex : tolérance thermique ou haline) ou à l’existence d’habitat spécifique (ex : nature du substrat). Les mécanismes de contrôle à l’échelle des populations sont multiples : disponibilité en nourriture (production primaire et secondaire), disponibilité des habitats, transport et rétention des phases planctoniques (larvaires), compétition intra-spécifique (densité dépendance), pression de prédation, synchronisme entre individus (pour la ponte par exemple), apprentissage ou ‘imprinting’ (pour les routes migratoires), structure en sous-populations et connectivité. Les relations inter-spécifiques (compétition, prédation) et l’environnement trophique (planctonique et benthique) jouent un rôle déterminant sur les dynamiques spatiale et temporelle à l’échelle des communautés. Enfin, à l’échelle de l’écosystème, la diversité des espèces et des liens trophiques ainsi que la disponibilité des habitats constituent des contrôles prépondérants.

Les cycles de vie de nombreuses espèces exploitées sont spatialement structurés par des schémas migratoires qui créent une ségrégation spatiale entre stades de développement qui occupent des habitats différents. Ces habitats sont dits sensibles lorsqu'ils correspondent à une phase cruciale pour le renouvellement de la population. C'est le cas par exemple des zones de frayères qui accueillent les stades larvaires ou des nourriceries qui hébergent les juvéniles. Le choix des frayères par les reproducteurs, ainsi que le retour des adultes sur les frayères dont ils sont issus, ont été démontrés pour beaucoup d'espèces, mais les mécanismes sous-jacents déterminant notamment le retour des géniteurs restent pour la plupart inconnus. Les contributions respectives des contrôles abiotiques (e.g. nature du sédiment, signaux chimiques, température, transport) et biotiques (e.g. apprentissage, compétition, densité dépendance, interactions trophiques), ainsi que des interactions entre ces contrôles, restent à identifier pour la plupart des populations. En Manche, les zones côtières constituent des régions d’études particulièrement adaptées à l’étude de ces contrôles. Les zones côtières, estuariennes et les baies sont colonisées temporairement par les juvéniles de diverses espèces à ce moment critique de leur cycle de vie. Au sein de ces nourriceries, les juvéniles trouvent en abondance des organismes benthiques nécessaires à leur alimentation et leur croissance. Les adultes ont des communautés, fortement structurées dans l'espace selon un gradient allant de la côte vers le large suivant les caractéristiques sédimentaires. Elles se caractérisent par des guildes trophiques distinctes pouvant répondre de manière différente aux pressions anthropiques, aux variations environnementales ou aux changements des ressources trophiques.

Contact: Sandrine VAZ, Ifremer Boulogne-sur-Mer.