Sécurité et conditions de travail

Les DCP induisent-ils de nouveaux risques pour les pêcheurs travaillant sur les petites embarcations dans les îles de la Caraïbe ?

 L’amélioration de la sécurité et des conditions de travail se fait à partir de l’analyse des

  • Accidents et presqu’accidents et de la recherche de leurs causes
  • L’observation des pêcheurs en activité en mer.

Ce travail se fait par l’étude des statistiques et rapports de mer, des enquêtes auprès des pêcheurs, de l’administration de la mer ou des médecins et services de santé des gens de mer et par embarquement sur les navires de pêche.

Le résultat de ces analyses conduit à la formulation de recommandations adressées aux pêcheurs, aux chantiers navals, aux équipementiers, aux formateurs ou à l’administration.

I) Recommendations

Compte tenu des accidents et disparitions en mer et des problèmes de santé enregistrés chez les pêcheurs, il est recommandé :

  • La mise en place d’un enregistrement systématique des accidents et d’un questionnaire associé permettant de décrire les causes et l’élaboration de statistiques sur les accidents et les atteintes à la santé par l’activité professionnelle
  • L’équipement des navires de pêche en moyens de communication (VHF, Balise de sécurité) et de positionnement et la formation des professionnels à l’utilisation de ce matériel et à la communication avec leurs proches afin de faciliter l’action des secours

Les analyses des conditions de travail et de la sécurité liées aux activités de pêche associée aux DCP ancrés ont conduit à recommander :

  • L’utilisation de navire adéquat pour la mise à l’eau de DCP ou le suivi de protocole (transport du DCP par plusieurs unités, …) et l’emploi de matériel adapté (ancrage fragmenté en sacs de sable par exemple) au type d’embarcation utilisée
  • L’amélioration des procédés de relevage des lignes, en particulier avec de grosses prises et la rechercher d’automatisation (jigging)
  • L’équipement des pêcheurs en Vêtement à Flottabilité Intégrée (VFI)
  • L’équipement des embarcations et des points de débarquement d’aides à la manutention de lourdes charges (grosses prises)

II) Principaux résultats

Selon le CROSS Antilles-Guyane, dans la zone comprise entre Antigua et les Grenadines et la Guyane française, sur 3 ans (2010 à 2012), il est intervenu sur 2306 cas impliquant 5425 personnes parmi lesquelles il y avait 591 pêcheurs soit 11 %. En pêche le nombre de morts et disparus, sur ces 3 ans, s’élève à 34. En 2013, s’ajoute 14 pêcheurs de plus morts ou disparus.

 Parmi les accidents de travail enregistrés dans le cadre de la pêche associée aux DCP ancré il a été noté des causes principalement en relation avec la manipulation des lests de DCP ou le traitement des captures. Par ailleurs, le corps humain est mis à rude épreuve en raison des vibrations et des chocs subis lors des déplacements à grande vitesse sur une mer formée. Le dos, les genoux seraient particulièrement atteints.

Une réflexion est à conduire avec les architectes et chantiers navals, et les équipementiers sur l’amélioration des embarcations de pêche par la prise en compte des points suivants :

  • Console de conduites (*)
  • Protection de la console par une cabine (*)
  • Mains courantes et appui fixe pour les matelots pendant la route (*)
  • Auxiliaire de levage
  • Relevage des lignes et automatisation (jigging)
  • Equipement électroniques (VHF, balise de sécurité, GPS, …)
  • Pompe et manche à eau de mer pour le traitement post capture des prises
  • Dispositif de maintien des prises lors de la démédulation
  • Glacière centrale laissant libre la circulation avant-arrière des marins
  • Stockage des bidons de carburant (lorsque le réservoir n’est pas intégré)
  • Coffres de rangement
  • Plans de travail pour les travaux tels que la préparation des appâts, …
  • Réduction des vibrations, chocs et exposition des marins au soleil et aux embruns
  • Eclairage de signalisation et du pont le travail des marins
  • Vêtement à Flottabilité Intégré (VFI) à adapter pour la pêche aux DCP ancrés

 Les pêcheurs et formateurs doivent être sensibilisés, pour les différentes tâches liées à l’activité de pêche associée aux DCP ancrés, à la nécessité de :

  • Fabrication de DCP
    • Suivre les consignes indiquées pour la manipulation des produits chimiques utilisés lors de la fabrication des bouées
    • Pose de DCP ancrés
      • Respecter le balisage règlementaire du dispositif et déclarer celui-ci (voir déclaration sur le site CARAFAD)
      • Choisir un navire suffisamment stable ou d’adapter les protocoles et matériel sur des petites embarcations
      • Prendre en compte les conditions météorologiques et transporter le DCP avec plusieurs embarcations
    • Maintenance du DCP
      • Nettoyer le DCP sans que l’orin ne soit sous tension
      • Privilégier les agrégateurs « kit » (en pendant sous la bouée plutôt que fixé à l’orin principal du DCP)
    • Déplacement de l’embarcation
      • Tenir compte de l’inconfort du travail de :
        • Préparation des lignes ou de l’appât
        • Traitement du poisson
        • Etc
    • Conduire à vitesse raisonnable et de prendre en compte l’exposition des matelots, à l’avant de l’embarcation, aux chocs sur les vagues qui peuvent provoquer des traumatismes
    • Réduire l’éloignement des DCP de façon à limiter les temps de route et la fatigue associée
  • Pêche
    • Réduire la pénibilité de certaines tâches (aides à l’enroulement/déroulement des lignes, automatisation du jigging, …)
    • Utiliser des équipements de relevages des lignes lors des prises de gros poissons
    • D’utiliser des auxiliaires et d’adapter les gestes et postures pour la manipulation de charges lourdes
  • Traitement des captures
    • Bien aiguiser les lames pour découper le poisson
    • Porter un gant à maille métallique pour protéger la main qui tient le poisson
    • Avoir à bord une trousse de premiers soins en cas de coupure
  • Survie et secours en mer
    • Conserver à bord les équipements de sécurité imposés par la réglementation (eau, brassières, fusées, voile, rames, …)
    • Compléter le matériel de sécurité en s’équipant d’une balise de détresse, d’une VHF, d’un GPS
    • Informer ses proches sur l’activité et le lieu de pêche afin qu’ils puissent aider les secours
  • Protection individuelle
      • Porter un Vêtement à Flottabilité Intégrée (VFI)
      • Porter des gants et des bottes
      • Utiliser des tapis de sol antidérapant dans le fond de l’embarcation
      • Ne pas utiliser la ceinture lombaire comme un moyen de se protéger

III) Travaux à réaliser

  • Mettre en place les moyens de collecter des informations sur les accidents en mer
  • Sensibiliser les pêcheurs en particulier sur les questions de communication utiles à l’action efficace des secours
  • Lancer une campagne de sensibilisation au port des EPI (Equipements de Protection Individuelle : VFI, gants, bottes, …)

IV) Documents

Andro, M., Chauvin C., Dorval P. et Le Roy Y. (1994). Sécurité et conditions de travail à bord des navires de pêche des iles de la Guadeloupe. Rapport Université de Bretagne Occidentale – Institut Universitaire de technologie Lorient, Centre de Génie Industriel Guidel-Plages, 221 p.

Dorval P. et Le Roy Y. (1994). Sécurité et conditions de travail à bord des embarcations de pêche de la Guadeloupe. Rapport Université de Bretagne Occidentale – Institut Universitaire de technologie Lorient, Centre de Génie Industriel Guidel-Plages, 138 p.

FAO/OIT/OMI. 2013. Mesures de sécurité recommandées pour les navires de pêche pontés d'une longueur inférieure à 12 mètres et les navires de pêche non pontés. Rome, FAO. 263 pp.

Gudmundsson A. « Pratiques de sécurité liées à la stabilité des petits navires de pêche ». FAO Document technique sur les pêches et l'aquaculture n° 517. Rome, FAO. 54 p.

IMP (1994). Sécurité et conditions de travail à bord des embarcations de pêche des Antilles françaises. Film MP4, version française, 25 mn.

IMP (2013). Safety and Working Conditions on board small-scale fishing vessels in the Lesser Antilles. Film MP4, English version, 25 minutes.