Description des engins, techniques et prises de pêche autour des DCP

1) Engins et techniques de pêche

A partir de 54 sorties effectuées en Martinique sur des yoles de pêcheurs professionnels entre août 2003 et avril 2004, il a été possible de décrire les techniques de pêche, la composition spécifique et en taille des prises ainsi que leur localisation par rapport à la bouée du DCP (Reynal et al., 2007).

Les engins mis en œuvre sont exclusivement des lignes. Le jour, deux lignes de 100 m de long sont traînées à 4,5 nœuds de moyenne, équipées d’un hameçon et de leurre. Le leurre peut être de différentes formes (octopus, verre, …) et de différentes couleurs. Depuis peu les pêcheurs utilisent également des leurres plus sophistiqués comme le popper. Une des lignes est légèrement lestée pour rester en sub-surface et ne pas être coupée par les hélices des autres navires travaillant autour du DCP. Elle pèse en moyenne 180 g et atteindrait, selon les calculs effectués à l’aide du logiciel « DCP » (Lebeau et al., 2004) une profondeur moyenne de 4m. L’autre, lestée à l’aide de câble et de plomb faisant en moyenne 1 280 g, atteindrait en moyenne 11 m de profondeur. Les vitesses maximales et minimales de traîne calculées à partir de 236 mesures autour des DCP ont été de 1,6 à 7,4 nœuds. Les profondeurs minimales et maximales atteintes par les lignes de traîne de surface seraient de 1,9 et 9,8 m et pour la ligne de traîne profonde de 3,6 et 25 m.

Sept à quinze palangres verticales dérivantes à un hameçon composent l’arsenal de pêche d’une yole. Ces engins sont en général appâtés à l’aide des petits thons vivants capturés par les lignes de traîne. Dans certains cas, des exocets sont pêchés au filet pour servir d’appât. Des morceaux de thons peuvent être découpés (« Bouchon » ou « Dolle ») et placés sur les hameçons. Parfois il leur est donné l’aspect d’un poisson volant (« volant bois-bois »). Ces palangres sont placées en amont du DCP et laissées à la dérive. Les appâts faisant souvent défaut, les pêcheurs passent l’essentiel de leur temps à traîner pour capturer des petits thons et toutes leurs palangres verticales sont rarement mises à l’eau en même temps. Celles-ci sont conçues pour atteindre des profondeurs différentes (entre 20 et 200 m) ce qui permet de rechercher la profondeur la mieux appropriée pour optimiser la pêche des marlins et gros thons jaunes.

La nuit, en général entre 4 et 6 h du matin – parfois plus tôt en période de pleine lune, la pêche des thons noirs de sub-surface, au moment où ils reviennent s’agréger à proximité du DCP, se fait à l’aide de lignes traîne profonde à un ou parfois plusieurs hameçons munis de leurre phosphorescent. Ces lignes de 80 m en moyenne sont lestées à l’aide de câble de 2 à 2,5 mm et de plomb totalisant 1 800 g. La vitesse de traîne moyenne a été évaluée à 5 nœuds et la profondeur de pêche à 11 m en moyenne avec des valeurs minimale et maximale de 7 et 32 m. Aucun autre engin n’est utilisé durant cette période très courte de pêche.

La dorade coryphène est capturée à l’aide de lignes appâtées appelées « chasseurs » (Guillou et Lagin 1997).Cette technique de pêche consiste à maintenir le premier poisson capturé le long du bord afin d’attirer les autres individus. Très grégaire, la dorade est un poisson vivant en banc conduit par un mâle dominant. Ces bancs sont relativement réduits par rapport à ceux de thon et se placent à proximité d’épave dérivante. C’est la raison pour laquelle les pêcheurs qui veulent cibler cette espèce multiplient le nombre de DCP, comme cela se fait en Guadeloupe.

Certaines techniques de pêche observées au début du développement des DCP dans les Antilles françaises semblent avoir disparu. Il s’agit de la pêche en dérive qui consiste à laisser dériver l’embarcation avec 3 lignes de forte résistance, à différents niveaux de profondeur, appâtées de poissons volants ou de morceaux de thon frais. Certains pêcheurs amarrent leur embarcation à un filet à volants dont il se serve à la fois d’encre flottante et d’engin de capture de poisson volants dont ils se servent comme appât. Cette technique semble avoir été remplacée par la palangre verticale dérivante à un hameçon. La pêche en position fixe dite « à soutenir » ou « bout au vent » se pratique de la même façon que la précédente, mais dans ce cas le navire ne dérive pas. Il est maintenu en position fixe par un rameur et autour de la ligne sont jetés des ingrédients-d’appâts de compostions divers. Ceux-ci permettent d’attirer autour des lignes les grands pélagiques que les pêcheurs essaient de capturer jusqu’à une centaine de mètres de profondeur (Guillou et Lagin, 1997).

Au début des années 2010, a commencé à se développer le jigging autour des DCP ancrés. Cette technique fait appel à une canne à pêche et un leurre plomblé (Dromer 2011). Elle se pratique à partir du navire en dérive et exploite la colonne d’eau jusqu’à 100 m de profondeur. Elle sert essentiellement à capturer les thons de taille intermédiaire comme les thons noirs adultes.

Modèle de jig utilisé à proximité des DCP ancrés

En Haïti, dans la région de Léogane, les pêcheurs pratiquant la pêche au DCP à l’aide de « bois fouyé » placent des petits DCP à près de 10 km de la côte, sous lesquels ils fixent une nasse en bambou pour la capture de petits Carangidae pélagiques côtiers (Decapterus tabl). Ces poissons sont maintenus en vie dans des petites bassines et servent d’appât vivant pour la pêche à l’aide de palangre verticale à un hameçon. Les troncs d’arbre creusés leur servant d’embarcation n’ayant pas de moteur, ces pêcheurs ne peuvent pas mettre en œuvre des lignes de traîne autour des DCP.

Relevé d’une nasse placée sous un DCP pour la capture de petits pélagiques servant à appâter les lignes dérivantes.

Les appâts vivants sont mis dans une bassine dont l’eau est régulièrement renouvelée à l’aide d’une écope.

2) Quantification et localisation des prises autour des DCP

L’analyse détaillée de 40 pêches, en Martinique en 2003 et 2004, a permis de comptabiliser les prises en mer. Au cours de ces sorties, 545 prises ont été effectuées à l’aide de traîne de surface et profonde et 508 palangres verticales ont été posées (moyenne 12,7 par sortie). Celles-ci ont permis de pêcher 62 poissons. Les palangres ont été appâtées à l’aide d’appât vivant pour 402 d’entre elles ou mort pour 106 (poissons congelés ou filet de poisson mort après plusieurs utilisations en vif). Les appâts vivants sont constitués essentiellement de juvéniles (92 %). Le nombre d’immatures pêchés par sorties est en moyenne de 11,5 (79 % des prises). Ces juvéniles ne sont pas tous débarqués, car une partie d’entre eux sont perdus lors des pêche à la palangre. Il faut noter que si les petits thons reviennent en bon état après avoir servi d’appât, ils peuvent être débarqués pour être consommés.

Les captures de poissons se font surtout en amont du courant par rapport aux DCP (68 % des prises) et très près des DCP (82 % à moins de 400 m). L’espace exploité par les pêcheurs autour des DCP est de 300 ha mais les prises réalisées au cours des sorties de pêche professionnelle étudiées ont été réalisées sur 160 ha seulement.