Le projet Bargip

Acquisition de données et connaissances pour l’élaboration d’aides à la Gestion Intégrée des Populations de Bar de l’Atlantique du Nord Est (golfe de Gascogne, Manche et Mer du Nord).

Contexte et actions constitutives du projet

Le bar commun (Dicentrarchus labrax) était, jusqu'en 2012, une des espèces les plus importantes du point de vue économique pour la pêche professionnelle française (5000 à 5500 tonnes pour 45-55 millions d’euros par an en première vente) et la première espèce cible de la pêche de loisir (environ 2300 tonnes par an).

La baisse très marquée de la biomasse d'adultes mise en évidence par le CIEM*  dès 2013, a amené la commission européenne à prendre, en décembre 2015, des mesures d'urgence comprenant des restrictions des capture, des fermetures temporelles, et l’augmentation de la taille minimale de capture à 42 cm pour l’ensemble du secteur s’étendant au nord du 48ème parallèle. Ces mesures ont été reconduites par les états membre en 2016.

* CIEM : Conseil International pour l’Exploration de la Mer ; commission regroupant des scientifiques halieutes des États membres, en charge d’évaluer l’état des stocks de poissons et de fournir des avis de gestion à la Commission européenne

De 2012 à 2016, le CIEM a systématiquement déploré dans ses avis annuels le manque de connaissances scientifiques pour pouvoir gérer au mieux cette espèce (classée en 2012 en « DLS » pour Data Limited Species, c’est-à-dire en « espèce à données limitées »), et a systématiquement maintenu ses recommandations d'un renforcement des suivis et études scientifiques au sein des États membres.

Les principaux manques de connaissance pour pouvoir prendre des mesures de gestion étayées scientifiquement portaient en 2012 sur :

L’existence d’un ou plusieurs stocks de bar commun dans les eaux de l’Atlantique Nord-Est 

Existe-t-il différentes populations de bar entre lesquelles il n’y a que peu d’échanges d’individus, ces populations constituant chacune un stock au sens halieutique, et chaque stock devant alors être géré séparément ? Au contraire, les mélanges au sein de la population sont-ils suffisants pour ne considérer qu’un seul stock, obligeant à définir des mesures de gestion applicables à la zone dans son ensemble ?

La description et le positionnement des grandes zones fonctionnelles du bar le long des côtes françaises 

Où se trouvent les principales frayères, nourriceries et zones d’engraissement ? Quelle(s) frayère(s) alimente(nt) quelle(s) nourricerie(s) ? Et quelle(s) nourricerie(s) alimente(nt) quelle(s) frayère(s) ? Quelles sont les principales voies de migration de l’espèce ? Les phénomènes de fidélité aux zones de reproduction ou d’engraissement, année après année, sont-ils une caractéristique de l’espèce ?

L’existence de différences biologiques et physiologiques marquées entre le nord et le sud de notre zone d’intérêt 

La croissance est-elle différente dans le sud et dans le nord ? La maturité sexuelle (âge de première reproduction) est-elle significativement plus précoce dans le sud que dans le nord ? Les pontes ont elles lieu plus tôt dans le sud ? etc.

Le manque de précision de certaines données relatives à l’exploitation du bar en France et en Europe 

Amélioration de la connaissance des captures de la pêche de loisir, augmentation de la précision sur les captures professionnelles (par métier, zone et trimestre), distributions des tailles de capture, sex-ratios (pourcentages de mâles et de femelles dans les captures) selon les métiers, etc.

De ce fait, à la demande de la DPMA (Direction des Pêches Maritimes et de l'Aquaculture du Ministère en charge de l’Écologie) et en étroite relation avec la commission bar du CNPMEM (Comité National des Pêches Maritimes et des Élevages Marins), l’Ifremer a entamé, en 2012, une réflexion visant à hiérarchiser les priorités de recherche sur les 4-5 années à suivre. Ces travaux avaient vocation à définir des mesures de gestion pertinentes, reposant sur des données scientifiques fiables, au niveau national, mais aussi européen via les groupes de travail du CIEM.

Les actions prioritaires suivantes ont alors été identifiées.
Action « marquage d’adultes »

Répondre à la question de l’existence d’un ou de plusieurs stocks de bar en Atlantique Nord-Est, ainsi que l’identification des grandes voies migratoires entre les zones d’engraissement côtières et les frayères du large, peut passer par la réalisation de marquages d’adultes à grande échelle. Il a été décidé d’utiliser des marques électroniques archives enregistrant à haute fréquence (toutes les minutes) la température et la profondeur, ce qui peut permettre, contrairement à des marquages classiques, de reconstruire les trajectoires des individus recapturés. Les reconstitutions de trajectoires permettent d’aborder la question du comportement de fidélité sur les zones d’engraissement ou de reproduction, fondamentale en termes de gestion.

Cette action, qui a permis le marquage de 1220 bars adultes, capturés en 10 sites des trois façades françaises de l’Atlantique Nord-Est, s’achèvera fin 2017. Les principales réalisations, et les principales avancées obtenues à ce jour sont présentées par la fiche action « Marquage d’adultes »

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Action « Données halieutiques professionnelles »

Les activités halieutiques professionnelles sont, pour le bar comme pour toutes les espèces exploitées, suivies en France par la DPMA et le SIH (Système d'Informations Halieutiques). La situation du ou des stocks de bar telle qu’elle était connue en 2012/2013 obligeait à renforcer les suivis, a minima en 2014 et 2015, de façon à :

- Acquérir certaines des connaissances biologiques faisant à l’époque défaut aux groupes de travail du CIEM pour réaliser des évaluations analytiques des stocks, et donc proposer des mesures de gestion les plus pertinentes possibles. Il s’est agi en particulier de produire/réactualiser des courbes de croissance selon les façades, et de déterminer les tailles et âges de maturité sexuelle des femelles dans le golfe de Gascogne.

- Contribuer à la sortie de l’espèce bar de la liste des espèces dites « DLS » au niveau européen en renforçant l’acquisition de données de capture par la pêche professionnelle, et en améliorant les méthodes de traitement des dites données (production d’indices d’abondance annuels en adultes à partir des données de débarquement).

Cette action s’est achevée fin mars 2017, et les principaux résultats obtenus sont présentés par la fiche action « Données halieutiques professionnelles »

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Action « Nourriceries »

Les modèles d'évaluation de stocks, et donc d’élaboration de propositions de gestion, doivent être alimentés par des données de capture (tonnages, saisonnalité, distributions en tailles et âges par métier, sex-ratio…), mais aussi par des indices d’abondance en juvéniles. Ces indices d’abondance sont primordiaux car ils permettent de prédire l’importance des recrutements à venir, c’est-à-dire le nombre de jeunes individus qui entreront au sein du stock exploitable dans les années futures, quand ils auront grandi et atteint la taille minimale de capture. La survie des juvéniles est variable selon les conditions hydroclimatiques/météorologiques qu’ils auront rencontrées, ou de la prédation qu’ils auront subie. Ainsi, selon que la reproduction aura été fructueuse ou pas, les mesures de gestion à mettre en œuvre pourront être très différentes.

En travaillant sur les deux zones pilotes qu’ont constitué l’estuaire de l’Aulne en rade de Brest et l’estuaire de la Loire, l’action « Nourriceries » a donc eu pour objectif central  de mettre au point, entre 2014 et 2016, un protocole permettant de produire des indices annuels d’abondance en juvéniles de bar.

L’action a également eu pour objectif de mieux définir ce que sont les nourriceries de bar (habitats préférentiels des juvéniles selon les classes d’âge, paramètres du milieu expliquant la répartition des juvéniles…), et d’identifier les principales nourriceries de l’espèce le long des côtes françaises de l’Atlantique Nord-Est.

Enfin, conformément aux attentes contractuelles, le suivi pérenne des trois nourriceries majeures que constituent les estuaires de la Seine, de la Loire et de la Gironde a été proposé. S’il est validé, ce suivi pourrait être initié à partir de 2018 afin de nourrir les modèles de stocks des groupes bar du CIEM.

Pour en savoir plus : fiche Action « Nourriceries ».

Enfin, une quatrième action a également été identifiée comme prioritaire, bien qu’elle n’ait pas directement été rattachée au projet Bargip : il s’agit de l’action « pêche de loisir ».

Action « Pêche de loisir »

Suivi de l’activité et des captures de la pêche de loisir.

Les premières études réalisées en France sur la pêche de loisir (surtout depuis les années 2000) ont permis de montrer l’importance de cette activité, tant en ce qui concerne le nombre de pratiquants (de l’ordre de 1.3 millions de pêcheurs de poissons), que des captures réalisées, notamment de bar, cible principale du pêcheur de loisir français (de l’ordre de 2300 tonnes par an). Ces premières études pilotes ont permis d’entamer une réflexion sur les protocoles de suivi à mettre en œuvre pour atteindre des niveaux satisfaisants de précision. La poursuite du suivi de l’activité de pêche de loisir n’a pas été retenue comme une des opérations à mener dans le cadre de Bargip par les partenaires du projet, car les pêcheurs de loisir ne capturent pas que du bar. Nous avons néanmoins rédigé une fiche de synthèse sur les captures de bar par la pêche de loisir à partir des données disponibles jusqu’en 2012 du fait de l’importance de celles-ci (voir « pêche de loisir »). A noter que dorénavant, à la demande de la DPMA, France Agrimer est chargé de suivre cette activité, avec mise en application des protocoles développés  jusqu’en 2012 par l’Ifremer.

Les actions « Nourriceries » et « données professionnelles » se sont achevées le 31 mars 2017. L’action « marquage d’adultes », se poursuivra jusqu’en janvier 2018.