Action "Pêche de loisir"

Pêche de loisir du bar européen (Dicentrarchus labrax) en Atlantique du Nord-Est

Le bar est une espèce très prisée par la pêche de loisir en France, au Royaume-Uni, en Irlande (où seule la pêche de loisir est autorisée à capturer cette espèce), probablement en Espagne et au Portugal, et de plus en plus dans le sud de la Norvège, aux Pays-Bas et en Belgique.

En ce qui concerne la France, c’est la première espèce cible de la pêche de loisir dans le golfe de Gascogne et en Manche Ouest, et l’une des toutes premières en Manche Est et en Mer du Nord.

La présente fiche expose succinctement une partie des données et connaissances aujourd’hui disponibles, relatives à la pêche de loisir du bar commun le long des côtes françaises de l’Atlantique du Nord Est.

Origine des données aujourd’hui disponibles en France

Les données relatives à la pêche de loisir figurant dans cette fiche ont, comme celles relatives à la pêche professionnelle, été acquises dans le cadre de la DCF (Data Collection Framework = « Cadre pour la Collecte des Données ») qui vise à la mise en place d’un réseau d'observation halieutique européen sous l'égide de l'UE et qui fait obligation aux États membres de collecter des données sur leurs flottilles de pêche, y compris de loisir, et leurs captures.

La mise au point d’une méthode appropriée permettant de cerner une activité aussi diverse, et pratiquée par plus de 1.3 millions de personnes (2.5 millions de pêcheurs de loisir en mer au total si l’on prend également en compte la pêche à pied) a mobilisé l’équipe du SIH  (Système d’Informations Halieutiques) de l’Ifremer et a nécessité nombre de tests qui ont été menés notamment entre 2000 et 2012.

Aujourd’hui, la méthode la plus probante consiste à croiser deux types d’enquêtes complémentaires. Une première enquête téléphonique nationale dite "de cadrage", de très grande ampleur (de l’ordre de 150 000 appels téléphonique sont passés), est conduite tous les deux ans par un institut de sondage spécialisé afin :

  • de dénombrer la population de pêcheurs de loisir français en mer,
  • d’en dresser une typologie (création de différentes classes de pêcheurs en fonction de leur assiduité dans la pratique et des principales techniques de pêche employées),
  • et de déterminer les importances respectives de chacune des classes ainsi identifiées.

Ensuite, un panel de 200 à 300 pêcheurs récréatifs volontaires est recruté afin qu’ils fournissent des données plus fines sur les techniques de pêche employées, les zones, durées, fréquences et saisonnalités de leur activité, les sommes consacrées, et enfin les captures réalisées (espèces, nombre, distributions des tailles de capture), en distinguant celles qui sont gardées et celles qui sont remises à l’eau.

Pour ce faire, les volontaires du panel remplissent une application/pdf fiche de pêche  (par certains points assez semblable à celles que doivent remplir les petits bateaux professionnels) à l’issue de chacune de leurs sorties.

Les données figurant dans les fiches de pêche des panélistes sont ensuite ré-élevées à la population globale des pêcheurs de loisir français grâce aux pondérations obtenues lors de l’enquête téléphonique nationale de cadrage.

Une analyse statistique conduite à partir des données acquises lors des enquêtes réalisées depuis 2009 nous montre que les précisions obtenues ont été de l’ordre de 20% sur les chiffres relatifs à la description de l’activité (à partir des enquêtes téléphoniques nationales), ce qui est acceptable, et respecte les objectifs requis par la DCF. Par contre, la précision n’est que de 51 à 53% (selon les suivis) sur les tonnages capturés et/ou relâchés du fait de la taille trop restreinte des panels de volontaires remplissant les fiches de pêche. Il aurait été nécessaire de disposer d’un minimum de 500 panélistes lors de chaque suivi pour tendre vers la précision souhaitée de 20% par la DCF, ce que les moyens à disposition n’ont pas permis.

Utilisation des données de la DCF sur la pêche de loisir en Atlantique du Nord-Est par le CIEM

Les données disponibles à l’échelle européenne sont souvent encore moins complètes et moins précises, mais plusieurs pays de l’Union ont lancé en 2012 et 2013 des études sur l’activité de pêche de loisir, études dont les conclusions devraient être rendues courant 2014 et 2015. Les données européennes disponibles sont, comme ce qui se fait pour la pêche professionnelle, compilées par un groupe de travail dédié du CIEM, le Working Group on Recreational Fisheries Surveys (WG RFS ; http://www.ices.dk/community/groups/Pages/WGRFS.aspx), dont voici les deux derniers rapportsapplication/pdf WGRFS 2012 et  application/pdf WGRFS 2013.

Synthèse succincte des données sur la pêche de loisir du bar en France

Pour ce qui concerne la pêche de loisir du bar en France, une publication scientifique (application/pdf Rocklin et al, 2014) a été rédigée à partir des données acquises lors des suivis menés au cours de l’année 2006 et du premier semestre 2009, et une fiche de synthèse de type application/pdf « 4 pages » a été produite à partir des données acquises lors du suivi conduit entre la fin 2011 et le début 2012.

Les principales conclusions des derniers suivis sont que :

  • Le bar est la première espèce capturée (en tonnage) par les 1.3 millions de pêcheurs de loisir en mer français recherchant du poisson, 28% environ d’entre eux (370 000) déclarant  en avoir capturé au moins 1 au cours des 12 derniers mois.
  • Le bar est principalement pêché à la canne, surtout au leurre depuis un bateau et à l’appât vivant depuis le bord. Il est également pêché à la ligne de traine, et dans une moindre mesure à la palangre ou au filet maillant. C’est également une espèce très recherchée par les chasseurs sous-marins.
  • La capture annuelle se serait élevée à 3914 +/- 2074 tonnes en 2011-2012 (Tableau 1), contre 1893 +/-984 tonnes entre le deuxième semestre 2009 et le premier semestre 2010. En cumulant et moyennant les données acquises fin 2006 et début 2009, la capture annuelle aurait été de 3173 +/- 1618 tonnes. Si l’on s’intéresse aux bars conservés par les pêcheurs de loisir (i.e. non relâchés), ces chiffres auraient été respectivement de 3144+/-1666 tonnes en 2011-2012 contre 1476+/-767 tonnes en 2009-2010 et 2345+/-1196 tonnes à partir des données de 2006 et 2009.

En moyenne sur les trois suivis (2006-début 2009, fin 2009-2010 et 2011-2012), les captures annuelles auraient été, en arrondissant, de l’ordre de 3000+/-1500 tonnes, et les tonnages conservés de l’ordre de 2300 +/-1200 tonnes, ce qui représente un peu moins de la moitié des débarquements annuels des pêcheurs professionnels français sur ces dernières années (5000 tonnes en moyenne), et à peu près l’équivalent des débarquements de toutes les autres flottilles professionnelles européennes.

 

(cliquer pour agrandir le tableau)

Tableau 1 : évaluation des captures annuelles de bar par la pêche de loisir française en Atlantique du Nord-Est à partir des données acquises lors des périodes « fin 2006 et début 2009 », « fin 2009 et début 2010 », et « fin 2011 et début 2012 ». Distinction est faite entre les individus capturés (pavé supérieur), gardés par les pêcheurs (pavé bleu, qui correspond au prélèvement réel), relâchés (pavé vert), et enfin conservés alors qu’ils sont sous taille (pavé orange ; taille minimale réglementaire de capture par la pêche de loisir en France fixée à 36 cm jusqu’à la fin 2012, et à 42 cm depuis). Les chiffres de tonnage sont affectés d’une précision comprise entre 51 et 53% selon les années. Cela signifie que les tonnages réels sont compris entre la moitié et 1.5 fois le chiffre annoncé. Ainsi, le tonnage moyen annuel conservé (dernière colonne du pavé bleu) est de 2322 tonnes +/-1207 tonnes (c’est-à-dire est compris entre 1115 et 3529 tonnes).

D’après ces suivis, les pêcheurs de loisir français relâchent presque la moitié (44%) des bars qu’ils capturent, soit, en moyenne annuelle, de l’ordre 1.47+/-0.76 millions de poissons (670 +/-348 tonnes).

Les fiches de pêche remplies depuis 2009 par les panélistes permettent d’aborder les distributions de taille des captures (Figure 1) : on constate que parmi les bars conservés par les pêcheurs de loisir (1.84 +/-0.96 millions en moyenne), un peu plus de 70 000 en moyenne auraient été « sous taille », c’est-à-dire mesuraient moins de 36 cm (figure 1 et tableau 1).

Figure1 : distribution des tailles des bars conservés et relâchés (remis à l’eau) par la pêche de loisir française en Atlantique du Nord-Est (moyennes des distributions de tailles fournies par les panélistes aux cours des 2 suivis de 2009-2010 et 2011-2012).

La taille légale minimale de capture était en effet de 36 cm au moment où ont été réalisés les suivis. Elle est passée depuis la fin 2012 à 42 cm pour les pêcheurs de loisir en Atlantique du Nord Est ; elle est toujours, début 2014, de 36 cm pour les pêcheurs professionnels en Atlantique du Nord Est, et de 30 cm pour les pêcheurs de loisir et professionnels en Méditerranée.

Nous ne pouvons qu’encourager les pêcheurs de loisir français à respecter cette nouvelle taille minimale de capture de 42 cm qui permet de diminuer les prélèvements sur le ou les stocks, et à veiller à relâcher leurs poissons en leur offrant les meilleures conditions possibles de survie. Pour ce faire, parmi les recommandations les plus souvent citées, on peut signaler :

  • si possible, les décrocher sans les sortir de l’eau,
  • préférer les hameçons simples aux hameçons triples,
  • écraser et limer les ardillons,
  • les démailler des filets en leur enlevant le moins d’écailles et de mucus possible,
  • ne pas les manipuler avec les mains sèches,
  • ne pas leur toucher les branchies
  • les remettre à l’eau sans les jeter par-dessus bord, mais en les déposant délicatement en surface, puis en les orientant tête vers le bas.

En conclusion il faut noter que même si les chiffres obtenus au cours des différents suivis sont affectés de coefficient de variation élevés, et donc d’une précision faible (globalement de l’ordre de 50%), ils démontrent l’indéniable importance des débarquements de bars par la pêche de loisir en France (environ 1/5ème de l’ensemble des débarquement européens, professionnels et de loisir), ce qui obligera à pleinement prendre en compte cette activité dans tout plan de gestion du bar.

Il faudra néanmoins absolument réussir à l’avenir à améliorer cette précision. En ce sens, la démarche en cours, conduite par la DPMA dans le cadre de la « Charte pour une pêche de loisir écoresponsable », et visant à développer un site WEB de télédéclaration des pêcheurs de loisir en mer, nous semble être une excellente initiative. Pour l’instant le site (http://www.developpement-durable.gouv.fr/Declarez-pechez.html )  permet de s’inscrire (de se déclarer) en ligne. Dans un avenir proche, il est prévu qu’il puisse mettre à disposition des fiches de pêche électroniques, du même type que celles utilisées dans le cadre des suivis menés jusqu’à présent, et nous ne pouvons qu’encourager les pêcheurs de loisir à télédéclarer leurs captures dès que le système sera opérationnel. Ceci permettra la récolte d’un bien plus grand nombre de fiches de pêche que ce que nous avons pu faire jusqu’à présent en animant nos panels de volontaires, et donc de produire des données plus fiables, indispensables pour l’établissement de mesures de gestion pertinentes.