Marquages d’adultes avec des marques électroniques enregistreuses

Sommaire
Pourquoi marquer des bars adultes ?

Depuis longtemps les scientifiques marquent et relâchent des poissons pour étudier leurs traits de vie (e.g. croissance) ainsi que leurs comportements, mouvements et migrations. Les premiers marquages dateraient du XVIIe siècle (selon Izaak Angler, 1683  "The Compleat Angler") et auraient montré que les saumons reviennent dans leur rivière natale après avoir séjourné en mer.

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Le marquage conventionnel par une marque externe a été et est toujours très utilisé, donnant de nombreuses informations. Cependant, si l'on sait où et quand le poisson a été marqué et recapturé, cette méthode n'informe en rien sur les évènements qui se sont passés entre le marquage et la recapture.  Par exemple, si un poisson a été marqué sur une zone d'alimentation estivale et recapturé dans cette même zone un an plus tard, on ne peut savoir si le poisson a migré en hiver pour se reproduire ou s'il est effectivement resté dans la même zone tout au long de l'année.

La fin du XXe siècle a vu apparaître de nouvelles technologies de marquage avec notamment l'apparition de marques électroniques dont les développements ne cessent de s'améliorer. Parmi elles,  les marques électroniques enregistreuses ou marques archive permettent d'enregistrer à une fréquence préprogrammée et pendant une certaine durée des paramètres du milieu dans lequel le poisson évolue. Grâce au développement de modèles numériques adaptés, ces paramètres, confrontés à des données environnementales, permettent de reconstruire des trajectoires probables du poisson entre le moment où il a été marqué et relâché et celui où il a été recapturé.

C'est ce type de technologie que nous utilisons sur le bar avec pour objectif principal de mieux comprendre les mouvements et migrations des poissons au stade adulte et de contribuer ainsi à l'identification d’éventuelles sous populations qui représenteraient alors autant d’entités de gestion. En effet, les quatre stocks actuellement considérés par le CIEM ont été définis, faute de connaissances suffisantes, sur des critères purement pragmatiques. Ils sont considérés comme des entités indépendantes sans que cette hypothèse soit scientifiquement étayée.

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Reconnaître un bar marqué ou une marque électronique échouée sur le littoral

Les bars marqués peuvent être identifiés grâce à :

  1. une marque électronique, dans la cavité abdominale du poisson  libellée par un numéro d'identification et des contacts Ifremer.  Cette marque électronique est équipée d'une flottabilité qui lui permet de dériver si elle est perdue par le poisson (mortalité naturelle ou non). Les marques échouées sur le rivage contiennent potentiellement des informations précieuses et doivent être également retournées.
  2. Une marque externe de couleur rose  en arrière de la première nageoire dorsale libellée quel qu'en soit le type par un numéro d'identification et un contact avec l'Ifremer.
  3. La présence de tâches bleues sur la face ventrale en avant des nageoires pectorales
  4. La présence d'une cicatrice sur la face ventrale

A noter que les 3 derniers critères d'identification peuvent être atténués ou avoir disparu si le poisson est resté longtemps en liberté après son marquage. 

Gagner une récompense en retournant un poisson marqué ou une marque électronique

Vous avez pêché ou acheté un bar marqué ou avez trouvé une marque électronique :

  • Conservez le poisson au frais ou dans un congélateur standard (- 18°C) et notez tous les renseignements utiles (voir formulaire en ligne)
  • Contactez nous :

En remplissant le formulaire en ligne
ou par téléphone au +33 (0)6 85 62 76 88
ou par mail : merl@ifremer.fr

Une récompense de 100 € vous sera adressée si nous récupérons le poisson et la marque électronique ainsi que les informations relatives à la capture.

Une récompense de 50 € vous sera adressée pour tout retour d'une marque électronique avec les informations correspondantes.

Vous participerez également, à la fin de cette action, à un tirage au sort pour une récompense supplémentaire de 1000 €.

Les opérations de marquage ne peuvent réussir sans votre concours
Nous comptons sur vous !

(par exemple en téléchargeant l' affiche ou la plaquette de présentation du marquage, et en les diffusant, par mail, via le Web, ou par affichage. Merci d'avance !)

Des expériences pilotes réalisées en partenariat avec le Parc Naturel Marin d'Iroise

Des expériences pilotes ont été menées de 2010 à 2012 avec le Parc Naturel Marin d’Iroise (PNMI) au cours desquelles un total de 246 bars adultes ont été marqués avec des marques archive (voir vidéo présentant les opérations réalisées). Différents protocoles ont pu être testés avec des taux de recapture variant de ~14% (2010) à ~6% (2011) et des temps de liberté avant recapture suffisamment longs (12 à 18 mois) pour analyser les processus de migration.

Ces opérations ont permis de dégager des connaissances nouvelles sur les bars de mer d'Iroise. Un modèle numérique à été  développé pour reconstruire les trajectoires individuelles des poissons à partir des enregistrements (température et pression) des marques archive. Les résultats des analyses des marques récupérées montrent que certains individus entreprennent des  migrations hivernales (de reproduction) sur de grandes distances avant de revenir en mer d'Iroise l'année suivante (fidélité sur une zone d'alimentation). Différentes stratégies de migration hivernale sont observées, majoritairement vers le golfe de Gascogne mais aussi vers la mer Celtique. Ces premiers résultats ont été présentés à la conférence annuelle du CIEM en 2013 et seront prochainement publiés.  

Le projet  Bargip de marquage à grande échelle

Pour identifier les grands types de stratégies migratoires et les sous-populations associées sur les côtes françaises de l’Atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord, le marquage de 1200 bars adultes est programmé sur 8 sites différents.  L’un des objectifs principaux de cette action étant de contribuer à distinguer d’éventuelles sous populations, ces sites de marquage seront positionnés de part et d’autre des limites supposées entre les différents stocks.

Ces limites sont situées, selon les auteurs ou les autorités en charge de la gestion des stocks :

  • entre la Mer du Nord et la Manche Est : site (1) de Boulogne-sur-Mer/Dunkerque,
  • entre la Manche Est et la Manche Ouest : baie de Seine/Port-en-Bessin/est Cotentin (2) d’une part et ouest Cotentin/Granville/Chausey (3) d’autre part,
  • entre la Manche Ouest et le sud Bretagne : baie de St Brieuc (4) et mer d'Iroise (5) d’une part, et Morbraz (6) d’autre part,
  • au niveau de la Loire, soit entre le sud Bretagne et le nord Gascogne : Morbraz (6) d’une part et pertuis charentais (7) d’autre part,
  • au niveau de la Gironde, soit entre le nord et le sud Gascogne : pertuis charentais (7) d’une part et bassin d’Arcachon/Bayonne (8) d’autre part.

 

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L’objectif est de marquer 150 individus sur chacun des huit sites identifiés, ce qui permet d'espérer  de 10 à 20 recaptures par site, d'importantes variations locales du taux de recapture ne pouvant toutefois pas être exclues.

600 marques seront déployées en 2014 sur 4 sites (2 en Manche/mer du nord et 2 dans le golfe de Gascogne). 2015 verra le déploiement de 600 marques supplémentaires sur les 4 sites qui n'auront pas été couverts en 2014.

Au total, 1200 marques seront donc déployées en 2014 et 2015 sur les 8 sites identifiés.

L'analyse des résultats et la synthèse des connaissances seront réalisées en 2016 et 2017, délai nécessaire à la prise en compte des recaptures de la dernière année de marquage i.e. 2015.

La coordination générale et la conduite des opérations de marquage sera assurée par l'Ifremer. Le soutien logistique des CRPMEM/CDPMEM locaux est prévu tant pour la préparation des opérations que pour leur conduite (soutien à l'équipe de marquage sur le navire support).

Les opérations impliqueront des pêcheurs professionnels locaux qui seront affrétés pour :

  • la capture de poissons vivants, en parfait état, à même de supporter le marquage,
  • la mise à disposition d'un navire support (« navire hôpital ») à bord duquel se dérouleront les opérations de marquage à proprement parler (implantation des marques enregistreuses) ainsi que les opérations connexes (biométrie, prélèvements biologiques pour l'estimation de l'âge ainsi que pour les études génétiques prévues ultérieurement).

Les équipes de marquage de l'Ifremer sont habilitées à conduire des expérimentations sur animaux vivants et une demande d’autorisation de projet utilisant des animaux à des fins scientifiques à été déposée au ministère de la recherche fin 2013.

Le projet de marquage de nos partenaires britanniques

Le Cefas conduit actuellement également un projet sur le bar dans lequel du marquage conventionnel et électronique est prévu.

Si vous récupérez un bar marqué par le Cefas ou une marque archive anglaise (marque du même type que celles que nous utilisons, mais avec l'adresse du Cefas) visitez le site dédié et remplissez le formulaire Cefas en ligne.

Résultats préliminaires des campagnes de marquage 2014

Les marquages conduits en 2014 et 2015 devraient révéler les comportements à plus grande échelle et permettront d'analyser notamment les échanges entre grandes zones géographique (mer du nord, Manche, mer celtique, golfe de Gascogne). En 2014, 569 bars marqués ont été relâchés sur 4 sites: Dunkerque  (Nord),  St Quay Portrieux (Cotes d'Armor), Captbreton (Landes) et La Turballe (Loire-Atlantique).  Au 18 mai 2015, 87 de ces poissons marqués ont recapturés soit un taux de recapture moyen de 15.3%. La plupart des marques ont été retournées au laboratoire. Ces résultats préliminaires semblent donc très encourageants.  Toutefois un certain nombre d'entre elles,  précoces, sont peu informatives quant à la compréhension des mouvements et migrations de cette espèce. Les marques les plus récemment récupérées montrent des évènements de migration génésique (de reproduction) et produisent donc de l'information utile. Toutefois, les processus de fidélité – drivers potentiels d'une structuration spatiale fine- ne peuvent être étudiés que sur des individus pour lesquels on dispose de séries temporelles sur au moins un cycle annuel (fidélité sur les zones d'alimentation  estivales) et plus (fidélité sur les zones de frai hivernales- la série temporelle devant alors couvrir 2 hivers successifs après le marquage).

Le prétraitement des données des marques électroniques vise à déterminer avec le plus de précision possible la date et l'heure de la mort, données qui alimentent le modèle de reconstruction de trajectoire. Ce prétraitement permet en outre de vérifier la cohérence de certaines informations et d'identifier certaines marques particulières provenant d'échouage par exemple ou présentant des évènements spécifiques. Deux exemples de  profils de température et de profondeur sont proposés ci-dessous.  

  • Données de température et de pression issues d’une marque électronique avalée par un mammifère marin

Cette marque d'un poisson relâché le 27 juin 2014 à Saint-Quay-Portrieux (graphe ci-dessous), a été retrouvée le 20 novembre 2014 sur la plage du Trez Hir en rade de Brest.

En fin de séquence, le profil de température (en bleu) montre une élévation brutale de la température : le poisson a été avalé par un mammifère marin ! La marque a été ensuite excrétée et, flottante, elle a dérivé jusqu'à son échouage (graphe ci-dessous).

 

  • Données de température et de pression issues d'un poisson marqué à Dunkerque

Les profils de température (bleu) et  profondeur (rouge) montrent des épisodes de températures élevées correspondant très probablement à la fréquentation des eaux de refroidissement de la centrale nucléaire de Gravelines.

  • Reconstitution de trajectoire

Les mouvements des poissons recapturés sont par ailleurs reconstruits à l'aide d'un modèle de géolocalisation développé pour cette application.

Un exemple de reconstruction est proposé ici . Il s'agit d'un poisson marqué à Dunkerque le 06/06/2014 et recapturé par un pêcheur professionnel de Newhaven (UK) le 31/12/2014. Notez, sur l'animation,  l'enveloppe journalière des probabilités de présence (patatoïde de couleur).