Microplastiques

Bouteilles, emballages, mégots, sacs, filets de pêches ... Un océan de plastique ! Les déchets humains sont présents partout dans les océans, même dans les grandes profondeurs. Massivement produits depuis 60 ans, les plastiques sont des matériaux, devenus des déchets à longue durée de vie, qui se dégradent très lentement et qui s’accumulent progressivement dans les océans. Si la communauté scientifique s’est longuement focalisée sur la quantification des « macro-déchets » (bouteilles, sacs, filets…), la dynamique des débris plastiques et des micro-plastiques en milieu océanique reste largement méconnue.

D’où viennent les micro-plastiques ? Ils proviennent principalement de morceaux de plastique d’origine terrestre déversés dans les océans. Ces morceaux de plastique se fragmentent sous l'effet des courants, des UV, de la température, de la dégradation bactérienne et de l’agitation mécanique. Les micro-plastiques sont dans une moindre mesure issus de rejets industriels du secteur cosmétique (exfoliants, dentifrices), de la pétrochimie (granulés plastiques industriels, abrasifs industriels) et du secteur vestimentaire (fibres synthétiques).

Les scientifiques sont confrontés au défi de l’échantillonnage et de l’identification des micro-plastiques à des tailles proches de 1 micromètre (1 µm, c’est à dire 0,001 millimètre). La forte fragmentation des plastiques empêche la comptabilisation des débris. Comment les micro-plastiques sont-ils fragmentés, transportés et dispersés dans le milieu marin, que ce soit en surface, dans la colonne d’eau et dans les grandes profondeurs ? Quels sont leurs impacts sur les organismes marins ? Quels sont les micro-organismes qui s’accrochent aux plastiques («biofouling»1) et comment s’accrochent-ils ? Une meilleure compréhension des interactions entre la biodiversité marine et les micro-plastiques à différentes échelles, de la cellule à la communauté, est nécessaire à la compréhension globale du phénomène.

« Dans l’immensité de l’océan, le projet Microplastiques est une aventure scientifique dans un monde minuscule qui reste à découvrir » souligne Emina Mamaca, coordinatrice du projet Microplastiques.

Le projet Microplastiques traitera quatre questions prioritaires :

  • Traquer les plus petites particules de plastique pour comprendre leur devenir et évaluer leurs impacts tout en développant des outils technologiques novateurs pour les collecter, caractériser et quantifier.
  • Évaluer le rôle des micro-plastiques en tant que nouvel habitat pour le microbiote, à travers la meilleure compréhension de la « plastisphère ». Les scientifiques se posent également la question du transfert des micro-plastiques dans la chaîne alimentaire, à travers des espèces marines qui ingèrent des micro-plastiques. Le rôle des micro-plastiques en tant que vecteur de micro-organismes y compris pathogènes (bactéries, virus, micro-algues) sera analysé, ainsi que certains effets physiques (mécanismes d’ingestion) et chimiques, notamment des contaminants chimiques susceptible d’être véhiculés par les micro-plastiques (certains pesticides).
  • Caractériser la présence de micro-plastiques dans les grands fonds, avec une recherche approfondie dans les archives disponibles à l’Ifremer sur les vingt dernières années, tout en étudiant les interactions avec la méiofaune, cette biodiversité microscopique des grands fonds marins.
  • Échantillonner ces matériaux sur quelques zones pilotes du littoral français, notamment en Méditerranée, grâce aux sciences participatives qui font appel à la contribution des citoyens. Dans ce cadre, de nouvelles approches méthodologiques seront nécessaires tant d’un point de vue échantillonnage qu’analytique.

Le projet Microplastiques sera mené par l’Ifremer en collaboration avec le LEMAR / Laboratoire des Sciences de l’Environnement Marin (UMR CNRS/UBO/IRD/Ifremer), le Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux), le laboratoire Labocea, la société privée HORIBA (fabrication d’instruments de mesure et de matériel optique) et l’IPCF (Institut Italien des Procédés physico-chimiques). Microplastiques va coopérer - pour certains développements méthodologiques majeurs comme la collecte et la caractérisation des plus petites particules de plastique - au projet ANR-Nanoplastics (IMMM, Université du Maine). ANR-Nanoplastics a débuté en 2016 pour une durée de 4 ans.

 [1] Le biofouling ou encrassement biologique est la formation d'une couche gênante d'êtres vivants ou de microbes sur une surface artificielle en contact permanent ou fréquent avec de l'eau (déchets, coque de bateau, chaine immergée, bouée etc.).