Le bar (octobre 2016)

Généralités

Le Conseil International pour l'Exploration de la Mer (CIEM) est une organisation inter-gouvernementale créé en 1902 qui coordonne la recherche sur les ressources et l’environnement marins dans l’Atlantique nord-est. Il fédère le travail de 1600 scientifiques venant principalement des 20 pays membres riverains de l’Atlantique nord et est la principale source des avis en matière de gestion des environnements marins de l’Atlantique nord-est et des mers adjacentes.

Des incertitudes existent sur la délimitation précise des divers stocks de bar de l’Atlantique nord-est. Les évaluations conduites par le CIEM sont effectuées à l’échelle des zones géographiques suivantes  : La Manche - mer Celtique - mer du Nord correspondant à la zone IVb, IVc, VIId, VIIe, VIIf, VIIa, VIIg, VIIa (en orange sur la carte) ; le golfe de Gascogne correspondant aux divisions VIIIa et VIIIb (rouge) ; les Eaux Ibériques correspondant aux divisions VIIIc et IXa (jaune) et enfin le stock Ouest Irlande-Ouest Ecosse (vert).

Le dernier avis du CIEM pour la zone Manche, mer Celtique et mer du Nord

Le CIEM a présenté en juillet 2016 son nouvel avis sur la pêche au bar en mer du Nord, Manche et mer Celtique. Face à l’état alarmant du stock en zone nord, il recommande, pour 2017, un moratoire total pour la zone située au-dessus du 48e parallèle.

La prise en compte dans le modèle d’évaluation de nouvelles données, notamment sur les structures démographiques des captures, a conduit à une révision du diagnostic par rapport à l’an dernier. Les valeurs absolues des biomasses et des mortalités par pêche se sont trouvées modifiées, sans pour autant avoir d’effet sur les tendances observées.

Le nouveau diagnostic confirme la poursuite d’une baisse de la biomasse de reproducteurs, tout en estimant une légère baisse de la pression de pêche en 2014 – 2015.

Il faut noter que l’évaluation du stock prend en compte la pêche récréative. Celle-ci est évaluée à 30% des captures totales, un pourcentage estimé à partir d’enquêtes auprès des plaisanciers réalisées en France, Angleterre, Pays-Bas et Belgique entre 2009 et 2013. Ce pourcentage est considéré comme étant fixe au cours du temps.

Le CIEM estime :

  • Une biomasse en forte baisse depuis 2010
  • Une mortalité par pêche en hausse sur les 20 dernières années (malgré une légère baisse  en 2015)
  • Des recrutements très faibles depuis 2008 (hormis une légère amélioration en 2013)
  • Une chute brutale, depuis 2010, de la quantité de géniteurs en dessous du seuil Blim (biomasse limite en dessous de laquelle la reconstitution du stock est incertaine).

Le diagnostic effectué par le CIEM en 2016 repose sur l’analyse d’une série de données dont les plus récentes portent sur l’année 2015. Afin de faire des recommandations de gestion pour 2017, il est nécessaire de faire des hypothèses, notamment sur le niveau de mortalité pour l’année 2016.

Le taux de mortalité par pêche a été estimé en baisse en 2015 par rapport à 2014. Étant données les dernières mesures mises en place par l’Union européenne, une nouvelle baisse en 2016 est probable, mais pour l’heure impossible à quantifier. En l’absence d’information, le CIEM a retenu l’hypothèse du maintien en 2016 du niveau de mortalité de 2015. Compte tenu de la baisse constante de la biomasse, cette hypothèse correspondrait à une diminution des captures de 20% en 2016 par rapport à 2015.

Le CIEM a cependant exploré les conséquences de plusieurs scénarios de baisse pour 2016.

Ainsi, une baisse de la mortalité par pêche de 30% en 2016 (par rapport à 2015) suivie d’une année à zéro capture en 2017, ne permettrait pas à la biomasse de reproducteurs d’être significativement supérieure au niveau limite Blim en 2018. Ce seuil Blim en dessous duquel la reconstitution du stock est incertaine pourrait en revanche être atteint en 2018 avec une baisse très forte de la mortalité par pêche en 2016 (supérieure à 50% par rapport à 2015)  combiné à de très faibles captures en 2017.

Il est important de rappeler que Blim ne constitue en aucun cas un objectif de gestion mais bien un seuil critique duquel il faut s’éloigner au plus vite. L’approche de précaution vise à rétablir au plus vite le stock au niveau du seuil de précaution (Bpa), supérieur à Blim, pour espérer voir le stock de bar se reconstituer.

Les simulations réalisées montrent que la recommandation du CIEM pour 2017 n’est pas dépendante de l’hypothèse faite sur la mortalité par pêche en 2016.

Pour ne pas faire persister le risque de non reconstitution du stock, le CIEM recommande ainsi la mise en place d’un quota zéro pour l’année 2017. Cette mesure drastique pourrait tout juste permettre de dépasser le niveau de biomasse limite en 2018.

L’actuelle règlementation de la pêche au bar en mer du Nord, Manche et mer Celtique

La réglementation actuelle concernant la pêche au bar a été décidée au mois de décembre 2015, pour l’année 2016, par l’Union européenne. Elle renforce les mesures d’urgence mise en place par la Commission européenne en 2015 et concerne la zone située au nord du 48ème parallèle (au niveau d’Audierne dans le Finistère).

Pour les pêcheurs professionnels, une période de fermeture allant de 2 à 6 mois (selon le type de pêche pratiquée) a été mise en place afin de protéger l’espèce durant sa période de reproduction, lorsqu’elle est le plus vénérable. Un faible pourcentage (1%) de captures accessoires est néanmoins autorisé pour certains types de pêche qui ne ciblent pas l’espèce, afin d’éviter une part de rejets. Le reste de l’année des limitations mensuelles sont appliquées. Pour les pêcheurs récréatifs, il est interdit de conserver du bar durant les 6 premiers mois de l’année mais sa pêche en no-kill est autorisée. Du 1er juillet au 31 décembre, il n’est autorisé de prélever qu’un seul bar par jour et par pêcheur. Ces mesures s’appliquent aux pêcheurs en bateau comme aux pêcheurs du bord. La taille minimale de capture est de 42 cm pour tous.

Face au dernier constat du CIEM, le Conseil des Ministres des pêches de l’Union européenne, après consultation des différentes parties prenantes, décidera, en décembre 2016, des mesures de gestion à prendre pour l’année 2017.

L’actuelle règlementation de la pêche au bar dans le golfe de Gascogne

Le dernier avis CIEM donné pour les années 2015 et 2016 n’indique, à partir des données disponibles, pour l’instant pas d’inquiétudes majeures sur la zone du golfe de Gascogne dans son intégralité, même s’il est néanmoins reporté de fortes différences dans les rendements (faibles) des navires côtiers en Bretagne Sud par rapport au reste de la zone (ce qui nécessitera de continuer d’étudier la structuration des populations et de préciser les limites des différents stocks). Il n’existe pas ici de réglementation européenne mise à part une taille minimale de débarquement de 36cm.

Des méthodes de capture et des acteurs variés

Sur l’ensemble des zones, le bar est principalement exploité par la France (environ les deux tiers des débarquements internationaux), et le Royaume-Uni, et dans une moindre mesure par la Belgique, l’Espagne et le Portugal (Figures 1, 2 et 3). Ces chiffres ne concernent que les pêcheries commerciales. Les dernières enquêtes indiquent qu’en France ainsi qu’au Royaume Uni, les captures de la pêche récréative représenteraient environ 30% des captures totales. Peu de données sont disponibles sur les captures réalisées par l’Irlande où la pêche est réservée aux pêcheurs plaisanciers.

Le bar est un poisson côtier recherché à la fois par des pêcheurs professionnels et plaisanciers. La pêche professionnelle regroupe des activités très diverses (Figure 4 et 5). En France elle est pratiquée à l’année par de petites embarcations, qui utilisent la palangre, la ligne de traîne ou les filets. Des pêches saisonnières ont lieu, en hiver, avec des unités plus importantes, qui pratiquent le chalutage pélagique, le chalutage de fond, le filet et plus rarement la bolinche. La pêche à la senne danoise, apparait en France depuis 2009, spécialement dans le golfe de Gascogne, mais la contribution de cet engin aux captures de bar totales reste très marginale.

La pêche plaisancière se pratique elle aussi de nombreuses manières : lignes traînantes, palangres ou filets à partir d’embarcations de plaisance, cannes à pêche depuis le rivage, en apnée au fusil sous-marin.

Cette diversité des méthodes de pêche peut entraîner des conflits d'usages entre les différentes flottilles professionnelles d'une part, et entre les professionnels et la pêche récréative d'autre part.

Une saisonnalité marquée

L’hiver sur les frayères

Les chalutiers pélagiques, des chalutiers de fond, des fileyeurs, quelques bolincheurs, pêchent le bar, de manière ciblée, essentiellement en période de frai. La concentration des bars à cette période les rend en effet facilement accessibles par ces techniques de pêche et les rendements sont très élevés. C’est la raison pour laquelle les mesures d’urgence mises en place par la Commission européenne en janvier 2015 ont d’abord visé le chalutage pélagique. En dehors de cette période, lorsque le bar retrouve un comportement moins grégaire, ces navires ne les capturent que de manière accidentelle. Le bar est alors davantage ciblé par les métiers de l'hameçon, des fileyeurs et les pêcheurs récréatifs, et continue d’être capturé de manière accessoire par les chalutiers de fond.

L’été en zone côtière

Comme pour tout poisson prédateur, la quête de nourriture conditionne le comportement du bar, ses mouvements et migrations. C'est une espèce opportuniste. Son régime alimentaire, très varié, (crustacés, céphalopodes, petits pélagiques ou juvéniles de diverses espèces), le mène dans toutes les zones côtières, y compris à de faibles profondeurs (< à un mètre), comme c’est le cas en été. Il est alors plus accessible aux ligneurs et aux plaisanciers. A cette période, le bar est dispersé, excepté dans des zones particulières (par exemple celles de forts courants) où il peut former des bancs. De façon générale, des fluctuations locales d'abondances de certaines proies (petits pélagiques comme le lançon), liées, notamment, à des variations des conditions hydrologiques, peuvent générer localement des variations de capturabilité des poissons ou de leurs abondances qui ne reflètent pas nécessairement l’abondance globale des stocks.

Une ressource constituée de plusieurs sous-populations ?

L’aire de répartition du bar s’étend, dans l’Atlantique nord-est, des côtes du Maroc au sud de la Norvège (30° à 60° Nord) incluant la mer d’Irlande, la mer du Nord, la mer Baltique, ainsi que la mer Méditerranée et la mer Noire. On le trouve jusqu’à des profondeurs d’une centaine de mètres, et jusqu’à environ 80 km des côtes.

L'hypothèse que les quatre  stocks cités ci-dessus correspondent effectivement à des entités biologiques reste à confirmer. Le CIEM recommande ainsi la poursuite d'études visant à mieux définir les stocks et leurs limites géographiques.

L'évaluation quantitative précise de l'état des stocks de bar reste difficile du fait de l'incertitude des données de capture et en particulier celles concernant la pêche récréative. Des progrès dans l'acquisition de données et de connaissances biologiques de l'espèce sont indispensables pour améliorer l'évaluation des diverses composantes de cette ressource. 

Le projet national Bargip (Ifremer/DPMA/CNPMEM/FFP)

Les principales incertitudes qui pèsent sur l’évaluation des stocks de bar et, par voie de conséquence, sur les avis et la pertinence des mesures de gestion portent sur :

  • L’existence d’un seul ou plusieurs stocks de bar commun dans les eaux de l’Atlantique du nord-est : y a-t-il  plusieurs populations différentes de bar entre lesquelles il n’y a que peu d’échanges d’individus, ces populations constituant chacune un stock au sens halieutique, et chaque stock devant alors être géré séparément ? Au contraire, les mélanges au sein de la population sont-ils suffisants pour considérer qu’il n’existe qu’un seul stock, obligeant à définir des mesures de gestion applicables à la zone dans son ensemble ?
  • La description et le positionnement des grandes zones fonctionnelles du bar le long des côtes françaises : où se trouvent les principales frayères, nourriceries et zones d’engraissement ? Quelle(s) frayère(s) alimente(nt) quelle(s) nourricerie(s) ? Et quelle(s) nourricerie(s) alimente(nt) quelle(s) frayère(s) ? Quelles sont les principales voies de migration de l’espèce ? Les phénomènes de fidélité aux zones de reproduction ou d’engraissement, année après année, sont-ils une caractéristique de l’espèce ?
  • L’existence de différences biologiques et physiologiques marquées entre le nord et le sud de notre zone d’intérêt : la croissance est-elle différente dans le sud et dans le nord ? La maturité sexuelle (âge de première reproduction) est-elle significativement plus précoce dans le sud que dans le nord ? Les pontes ont elles lieu plus tôt dans le sud ? etc.
  • Le manque de précision de certaines données relatives à l’exploitation du bar en France et en Europe : amélioration de la connaissance des captures de la pêche de loisir, augmentation de la précision sur les captures professionnelles (par métier, zone et trimestre), distributions des tailles de capture, sex-ratios (pourcentages de mâles et de femelles dans les captures) selon les métiers…

Pour enrichir les connaissances sur cette espèce dans le but d'en améliorer la gestion,  l'Ifremer conduit depuis 2014 un projet de recherche national sur le bar en partenariat avec le Comité National des Pêches Maritimes et des Élevages Marins. Ce projet, cofinancé par l'Ifremer, la DPMA et FFP, comprend plusieurs actions de recherche dont deux sont décrites ci-après.  

L’action « Marquage d’adultes »

Répondre à la question de l’existence d’un seul ou de plusieurs stocks de bar en Atlantique du nord-est et identifier les grandes voies migratoires entre les zones d’engraissement côtières et les frayères du large peut passer par la réalisation de marquages d’adultes à grande échelle. Les marquages ont été réalisés au moyen de marques électroniques archives enregistrant à haute fréquence (de l'ordre de la minute) la température et la profondeur. En utilisant un modèle adapté, ces données permettent de reconstruire les trajectoires des individus recapturés, ce que ne permettent pas des marquages classiques à partir desquels seules les positions de marquage et de recapture sont connues. Ces trajectoires reconstruites permettent d’étudier le comportement de fidélité sur les zones d’engraissement ou de reproduction, et de comprendre la dynamique spatio-temporelle de la population, connaissance fondamentale pour la gestion du ou des stocks.

Entre juin 2014 et septembre 2016, 1220 bars adultes, capturés en 10 sites répartis entre Dunkerque et Capbreton, ont été équipés de telles marques archives dans le cadre d’opérations à la mer réalisées à bord de navires professionnels affrétés par le CNPMEM. Les recaptures de poissons marqués sont déjà  importantes : le taux de récupération des marques est supérieur à 20%. Le traitement des données des marques récupérées est en cours mais des recaptures supplémentaires sont évidemment attendues (les derniers marquages datent de quelques mois seulement). Les premières synthèses et conclusions relatives à l’existence d’un ou plusieurs stocks seront produites fin 2017 / début 2018.

L’action « Nourriceries »

Les modèles d'évaluation de stocks servant à l’élaboration de propositions de gestion doivent être alimentés par des données de capture (tonnages, saisonnalité des captures, distributions en tailles et âges par métier, sex-ratio…), mais aussi par des indices d’abondance en juvéniles.

Ces indices d’abondance permettent de prédire l’importance des recrutements à venir, c’est-à-dire le nombre de jeunes individus qui entreront au sein du stock exploitable dans les années futures. Selon que les reproductions passées ont été fructueuses ou non et en fonction de la survie des juvéniles au cours de leurs premières années (variable selon les conditions hydroclimatiques / météorologiques qu’ils auront rencontrées et de la prédation qu’ils auront subie), les mesures de gestion à mettre en œuvre peuvent être très différentes.

L’action « Nourriceries » a eu pour objectif, en travaillant sur 3 zones pilotes (la rade de Brest, la baie de Douarnenez et l’estuaire de la Loire), de mettre au point entre 2014 et 2016 un protocole visant à produire des indices annuels d’abondance en juvéniles de bar.

Aujourd’hui, ce protocole est en phase de finalisation : un chalut adapté a été développé, et les habitats constituant les nourriceries estuariennes à bar ont été décrits. Les dernières données, acquises à l’occasion des trois campagnes de chalutage réalisées en 2016 en estuaire de Loire à bord d’un petit chalutier professionnel sont en cours de traitement, et devraient permettre mi-2017 de définir l’effort minimal d’échantillonnage à produire par nourricerie pour obtenir des indices d’abondance en juvéniles de bar suffisamment fiables pour pouvoir être utilisés dans les modèles d’évaluation de stocks du CIEM.